Magazine
Now Reading
Benoît Eynard – Groupement d’intérêt scientifique AIP-PRIMECA

Benoît Eynard – Groupement d’intérêt scientifique AIP-PRIMECA

by Gaëtan Lefèvre14 juin 2016
Partage :

La formation est devenue un enjeu essentiel pour le développement de la fabrication additive. Aujourd’hui, les formations proposées sont principalement intra- ou interprofessionnelles. Elles concernent un public de professionnels plutôt que des étudiants scientifiques ou techniques. Elles ne durent, généralement, que quelques jours, ce qui ne permet pas forcément de traiter toute la chaîne de production. A3DM Magazine est parti à la rencontre d’acteurs souhaitant faire bouger les frontières dans ce domaine. Benoît Eynard est enseignant-chercheur et directeur général du groupement AIP-PRIMECA. Il enseigne des modules autour de l’usine du futur et est directement en contact avec les bouleversements provoqués par la fabrication additive. Stéphane Bruzaud est professeur des universités. Il est également responsable du diplôme « Impression 3D » à l’Université Bretagne-Sud.

Propos recueillis par Gaëtan Lefèvre, rédacteur en chef.

______________________________________

Portrait-Benoit-Eynard-a3dm-magazine

Les recherches du groupement d’intérêt scientifique (GIS) AIPPRIMECA portent sur l’usine du futur et les secteurs mécanique et productique. Ces travaux concernent toute la chaîne de production, du prototypage à la réalisation de pièces finies : la conception, la fabrication intégrée, la fabrication additive, mais aussi l’automatisation, la robotisation des chaînes de production, la maintenance et l’organisation industrielle, les chaînes numériques de conception et fabrication assistées par ordinateur (CFAO) et tous les systèmes d’informations d’entreprises au sens large. Ce groupement universitaire regroupe des acteurs de l’enseignement supérieur, des universités, des écoles d’ingénieurs et des diplômes universitaires de technologie (D.U.T.), de bac + 2 au doctorat. Les transformations issues du développement de la fabrication additive sont au coeur de l’enseignement. Rencontre avec Benoît Eynard, le directeur général.

 

Benoît Eynard est également enseignant-chercheur à l’université de technologie de Compiègne au sein de laquelle il a occupé différentes fonctions : directeur du département génie mécanique et génie industriel mais aussi directeur des relations industrielles. Actuellement, il conduit des sujets autour de l’industrie du futur.

Quels sont les enjeux de la formation pour la fabrication additive ?

L’un des principaux enjeux est l’introduction de ces nouveaux procédés de fabrication dans les cursus de nos étudiants. Nous allons devoir faire évoluer l’offre, à la fois sur les fondamentaux théoriques : connaître les matériaux, les procédés de fabrication, mais aussi sur la mise en pratique. Comment allons-nous concevoir des pièces produites avec ces technologies ? Quelle gestion des modèles 3D allons-nous mettre en place ? Comment passerons-nous du modèle 3D numérique au modèle 3D physique ? Etc. Pour répondre à ces questions, il faudra revoir nos cursus de formation pour élargir les champs d’application. La fabrication additive amène de nouvelles possibilités. Il faut donc compléter notre offre de formation.

Il est important de créer des liens entre le monde de la formation et le monde de l’entreprise. Mon expérience dans une université de technologie me montre qu’il s’agit d’une des clés de la réussite de ces formations universitaires, en France. Cependant, même à notre échelon, nous remarquons une insuffisance de dialogues entre ces deux univers. Nous devrons être capables de développer, plus encore, ce lien, que ce soit à des niveaux pré-bac ou post-bac. Nous travaillons donc sur ce dialogue. Par exemple, avec la Fédération de la plasturgie et des matériaux composites, nous poussons au développement et à la construction de référentiels. Ces sujets sont développés avec des personnes de l’éducation nationale mais aussi de l’enseignement supérieur et de la recherche.

On entend justement parler d’un institut national pour fédérer les professionnels et l’enseignement scolaire…

La création d’un institut national serait un point de référence sur le sujet. Il faciliterait certainement la dynamique. Mais cet institut trouverait-il sa place dans un paysage où de nombreux acteurs sont déjà installés ? Comment fonctionneraient ensemble toutes ces entités ? Si un institut de ce type voyait le jour, nous devrions imaginer et construire un nouveau fonctionnement. Aujourd’hui, nous observons principalement des formations intra- ou interprofessionnelles dans les secteurs liés à la fabrication additive.

Mais où en sommes-nous concernant la formation continue scolaire ou universitaire ?

Les offres de formation continue commencent à émerger, que ce soit dans les lycées, dans l’enseignement technologique et professionnel, mais aussi dans les écoles d’ingénieurs. Par exemple, l’ENSAM (Écoles Nationale Supérieure d’Arts et Métiers) ou les écoles des Mines ont développé leurs offres. Cependant, nous sommes à l’émergence de ces formations. Structurer le paysage va prendre du temps. Et il faudra s’assurer d’une base d’enseignement et de formation proposée solide et concrète.

La chaîne de production de valeur est vaste et complexe. Les étapes principales sont la conception de modèles numériques, la préparation de la fabrication, la mise en œuvre de la machine avec une connaissance dans les matériaux et les procédés, les traitements qui vont permettre les finitions, auxquelles on pourrait ajouter le contrôle des pièces. Une filière peut-elle répondre à tout cela ?

Les parcours ingénieurs seront, plutôt, spécialisés, par exemple en bureaux d’études, en numérisation 3D dédiée à la fabrication additive, etc. Ce seront des évolutions des cursus existants qui devront être complétés par des modules dédiés à la fabrication additive, que ce soit sur les matériaux ou sur les procédés de fabrication. Aux niveaux bac + 2, bac + 3, les entreprises peuvent avoir des besoins plus spécifiques, comme des étudiants suivant un cursus de génie des matériaux pour leur apporter l’expertise qui leur fait défaut. Les formations devront répondre aux besoins, notamment en sortie des lycées ou section de BTS.

About The Author
mm
Gaëtan Lefèvre

Leave a Response