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Interview de Catherine Lubineau – Union de normalisation de la mécanique (UNM)

Interview de Catherine Lubineau – Union de normalisation de la mécanique (UNM)

by Gaëtan Lefèvre13 avril 2016
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Le déploiement de la fabrication additive passera par la normalisation. Fabriquer des pièces est une chose, mais il faudra être capable de garantir les machines, les procédés, les filières d’approvisionnement, les propriétés des pièces… Des normes commencent à exister : en terminologie, pour définir les procédés de fabrication, le cahier des charges, les formats de fi chiers et le catalogue de méthodes d’essais. A3DM Magazine est parti à la rencontre d’acteurs qui aident à concevoir ces normes.

Propos recueillis par Gaëtan Lefèvre, rédacteur en chef.

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L’UNM, Union de normalisation de la mécanique et du caoutchouc, est le bureau de normalisation sectoriel du système français dans le domaine de la mécanique et du caoutchouc, travaillant par délégation de l’AFNOR. Agréé par le ministère chargé de l’Industrie, ce bureau a dans son domaine de compétences, les techniques de production dont la fabrication additive. Rencontre avec son directeur technique, Catherine Lubineau.

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Catherine Lubineau est directeur technique de l’UNM, bureau de normalisation de la mécanique et du caoutchouc, une société de 35 personnes. Elle a assuré la gestion de la commission UNM 920 « Fabrication additive » depuis sa création en 2010.

Qu’est-ce qu’une commission française de normalisation ?

Une commission de normalisation est une instance qui regroupe toutes les personnes intéressées par un sujet. À l’UNM, nous avons 100 commissions de normalisation sur des sujets aussi divers que les boîtes aux lettres, les pompes à chaleur et climatiseur, les véhicules de pompier, la fabrication additive, etc. L’objectif va être de sortir des textes de norme. Il faut que chaque partie prenante soit autour de la table pour écrire les normes les plus justes possibles.

Quelles entreprises peuvent souscrire à cette commission ?

Toutes les entreprises qui souhaitent s’impliquer ! Il y a, évidemment, un coût financier, un tarif pour chaque commission que vous pouvez trouver sur notre site Internet. Tout le monde paie son siège, à l’exception des organismes qui sont exonérés de ces participations financières comme les associations de consommateurs, les ONG environnementales, les EPST (établissements publics à caractère scientifique et technique) et les PME.

Quels intérêts ont les entreprises à participer aux commissions de normalisation ?

Tout d’abord, il existe de nombreuses participations possibles à la normalisation. La commission UNM 920, aujourd’hui, a pour principal rôle de placer les positions françaises sur le débat européen et international. En normalisation mécanique, nous avons 90 % de notre activité qui est européenne ou internationale. Il est possible de simplement participer à la commission française, de rester à ce niveau-là, et même de prendre la présidence de cette commission. Il est également possible d’aller à l’international comme expert dans un groupe de travail pour développer un projet de norme, ou encore d’être chef de projet pour amener un sujet à discuter, ou bien prendre l’animation d’un groupe de travail ou la présidence d’un comité technique. Chaque entreprise doit donc mettre au point sa stratégie et voir quels sont les différents impacts et avantages qu’elle peut en tirer. Si je reste au niveau de la commission française, je vais acquérir un ensemble de contacts dans le réseau français. Ce qui en matière de veille est très important. Je vais avoir une influence sur le contenu des normes en contribuant à les écrire. Donc le jour où les normes vont paraître, je vais pouvoir être le premier sur le marché à afficher que mes produits sont conformes à celles-ci. Lorsque l’on connaît les normes de son domaine, on est aussi considéré comme quelqu’un de sérieux. Si je décide de m’impliquer au niveau européen et international, j’élargis encore mon champ d’action. La norme va me permettre de m’ouvrir à l’export, rencontrer des clients ou des confrères internationaux, ce qui est un enjeu important. Je vais écrire des normes qui vont être internationales. Il ne faut pas voir la norme comme un texte sorti d’un chapeau : les normes techniques sont rédigées par et pour les acteurs économiques. Ces derniers ont donc tout intérêt à être présents. En règle générale, les entreprises sont plutôt d’accord pour écrire des normes et celui qui tient le crayon a souvent raison.

Il existe une étude de l’AFNOR, pas spécifique à la fabrication additive, qui démontre qu’une entreprise qui contribue aux travaux de normalisation ou qui achète des normes réalise 19 % de plus d’export et 20 % de plus de chiffre d’affaires que les autres entreprises (voir l’interview d’Olivier Peyrat, directeur général d’AFNOR).

Quelle est la particularité du domaine de la fabrication additive en normalisation ?

Il s’avère qu’en fabrication additive, nous avons un des seuls accords qui a été signé entre l’ISO et l’ASTM (organisme américain de normalisation dans le domaine des matériaux) pour faire des normes conjointes. Cet accord contient deux volets : soit l’un des organismes reprend la norme de l’autre sans changer une virgule et lui met le logo du voisin, soit ils travaillent ensemble et réalisent des normes conjointes. Nous, qui subissons cet accord, avons été favorable au deuxième volet. Grâce à l’AFPR (Association française de prototypage rapide) qui tient ses assises tous les ans au mois de juin, nous avons eu des contacts rapprochés avec les Américains. En 2013, la première réunion conjointe a été organisée. Cette dernière s’est très bien passée. Nous nous sommes rendu compte que les personnes ne se connaissaient pas. Et depuis, nous ne travaillons pratiquement plus que dans des groupes conjoints entre l’ISO et l’ASTM. Aujourd’hui, il s’agit d’une chance que les premières normes soient créées au plan de l’ISO et l’ASTM en même temps. Nous aurons un référentiel unique. C’est une particularité du domaine de la fabrication additive !

Quels sont les objectifs de ces normes ?

Les premiers objectifs portent toujours sur le vocabulaire. Ensuite, nous avons créé un modèle de cahier des charges (publié sous forme XP E 67-030) que doivent s’échanger un client et un fournisseur lorsqu’une pièce est conçue en fabrication additive et achetée. Chaque client ou fournisseur peut ensuite rajouter des éléments par rapport à la norme mais au moins, il existe un cadre pour la négociation. Cette norme expérimentale française, nous l’avons poussée à l’international. Elle est en cours d’écriture. Ensuite, nous développons une norme plus spécifique sur les méthodes d’essais. Il existe aujourd’hui de nombreuses normes de méthodes d’essais, autres que pour la fabrication additive. Et il serait dommage que sous prétexte que la technologie est nouvelle, nous ayons tout à réinventer. Nous avons aussi écrit une norme de définition des procédés : des sept technologies différentes de fabrication additive. Maintenant, nous rentrons dans le vif du sujet en écrivant des normes pour des besoins plus spécifiques comme des normes sur des exigences de qualité de pièces, sur le contrôle non-destructif de ces dernières, etc. Nous allons aussi fabriquer un ensemble de pièces types pour s’assurer que les machines ne dérivent pas. Ainsi, le fabricant pourra concevoir sur sa machine des pièces types pour vérifier certaines caractéristiques.

On parle aujourd’hui d’« une norme pour un matériau, un procédé et un secteur d’activité ». Est-ce qu’il ne risque pas d’y avoir trop de travaux et de normes ?

Tout dépendra du besoin que les entreprises vont exprimer. Je ne peux pas répondre à cette question. Aujourd’hui, nous avons un comité de normalisation internationale qui a imaginé un système de normes qui soit matriciel, c’est-à-dire qu’à partir de normes de base nous pourrons réaliser des normes spécifiques sur les poudres et les matières, puis sur les équipements, mais aussi sur les pièces finies. Le marché pousse dans un sens ou un autre en fonction des besoins. Pour l’instant, nous sommes dans un domaine où il n’y a pas assez de normes. La confiance dans la technologie est essentielle. Il est nécessaire de maîtriser à la fois le procédé mais aussi les contrôles sur les pièces pour qu’elles durent dans le temps. Il existe un besoin de normes important.

Quel sera le grand défi à relever dans le futur en matière de normalisation pour la fabrication additive ?

Je pense que le gros défi va être de garder de la cohérence dans tout le système. La fabrication additive arrive après de nombreux autres domaines en matière de normalisation. Imaginons que nous écrivions, pour la même technologie, une norme pour les implants dentaires et pour des pièces mécaniques dans des instances complètement séparées. Les uns et les autres peuvent dire le contraire sur les mêmes procédés. Réussir à garder tout cela cohérent et sous contrôle, voilà un défi.

En Europe, les Allemands gèrent le secrétariat du comité international et la France, la présidence et le secrétariat du comité européen, avec Eric Baustert, président du comité technique. Ce comité européen a pour vocation de faire le lien avec les programmes de recherche. Il existe beaucoup de programmes de recherche financés qui ont donné lieu à des livrables. Et parmi ces derniers, certains peuvent donner lieu à des normes. Voici un deuxième gros enjeu ! Enfin, le troisième est celui de continuer à bien assurer la présence de la France à l’international pour garder la maîtrise et ne pas laisser les autres pays prendre le dessus.

Schema normalisation A3DM magazine

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Le système normatif…

 

Le système normatif est à la disposition des entreprises, des organismes et des pouvoirs publics souhaitant établir des documents de référence utilisés comme base lors d’échanges ou comme document d’accompagnement de réglementations. Les normes ou d’une manière plus générale, les documents normatifs, constituent les produits élaborés par le système de normalisation. Il est régi par le décret 2009-697.

… français : AFNOR et UNM

Association type loi 1901, créée en 1926, l’Association française de normalisation (AFNOR) anime le système normatif français, coordonne les actions de 24 bureaux de normalisation (BN), 23 sectoriels et un bureau de normalisation en son sein même, et représente la France dans les instances européennes et internationales de normalisation.

Chaque bureau de normalisation sectoriel est chargé de préparer les normes dans un domaine technique particulier. Le bureau de normalisation interne à l’AFNOR se charge de préparer les normes dans les domaines horizontaux ou en l’absence de BN sectoriel. L’Union de normalisation de la mécanique (UNM) est le bureau de normalisation des industries mécaniques et du caoutchouc.

Le bureau de normalisation abrite et anime des commissions de normalisation constituées d’un ensemble de représentants concernés par les sujets. Ces experts s’expriment au nom de leur profession, leur ministère et leur mandant. Composante essentielle du système normatif, ils apportent le fond technique nécessaire aux documents normatifs et représentent les clients des documents normatifs.

La commission de normalisation élabore les projets de normes, prépare les positions françaises et les votes dans les travaux internationaux, et nomme la délégation française dans les instances normatives internationales.

Le système de normalisation fait appel à deux composantes essentielles : les experts des commissions de normalisation, qui représentent les parties prenantes et apportent le fond technique des documents, et les bureaux de normalisation, qui mettent en oeuvre les moyens logistiques nécessaires à l’élaboration des documents. Cette complémentarité constitue la richesse de la normalisation.

… européen et international

Le Comité européen de normalisation (CEN) élabore les normes européennes dans tous les domaines techniques à l’exception de l’électricité et l’électronique gérées par le CENELEC (Comité Européen de Normalisation pour l’Electrotechnique) et les télécommunications gérées par l’ETSI (European Telecommunications Standards Institute). Au 1er janvier 2012, basé à Bruxelles, il regroupait 32 instituts nationaux (27 membres de l’UE + Suisse + Norvège + Islande + Croatie + Turquie).

L’Organisation Internationale de normalisation (ISO), rassemblant les organismes nationaux de plus de 160 pays, est en charge de l’élaboration des documents normatifs internationaux dans les mêmes domaines que le CEN (la CEI – Commission Electrotechnique Internationale – gère les documents destinés aux domaines de l’électricité et l’électronique, et l’UIT – Union Internationale des Télécommunications – les documents destinés aux télécommunications). C’est une organisation non gouvernementale ayant son siège à Genève.

Texte issu du site Internet de l’UNM.

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Gaëtan Lefèvre

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