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Stéphane Bruzaud – Université Bretagne-sud

Stéphane Bruzaud – Université Bretagne-sud

by Gaëtan Lefèvre14 juin 2016
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La formation est devenue un enjeu essentiel pour le développement de la fabrication additive. Aujourd’hui, les formations proposées sont principalement intra- ou interprofessionnelles. Elles concernent un public de professionnels plutôt que des étudiants scientifiques ou techniques. Elles ne durent, généralement, que quelques jours, ce qui ne permet pas forcément de traiter toute la chaîne de production. A3DM Magazine est parti à la rencontre d’acteurs souhaitant faire bouger les frontières dans ce domaine. Benoît Eynard est enseignant-chercheur et directeur général du groupement AIP-PRIMECA. Il enseigne des modules autour de l’usine du futur et est directement en contact avec les bouleversements provoqués par la fabrication additive. Stéphane Bruzaud est professeur des universités. Il est également responsable du diplôme « Impression 3D » à l’Université Bretagne-Sud.

Propos recueillis par Gaëtan Lefèvre, rédacteur en chef.

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Photo Steohane Bruzaud a3dm magazine

L’université Bretagne-Sud, accompagnée de ses partenaires – l’Institut de Recherche Dupuy de Lôme (IRDL), anciennement, le Laboratoire d’Ingénierie des Matériaux de Bretagne (LIMATB), celui des Sciences et Techniques de l’Information, de la Communication et de la Connaissance (Lab-STICC), le CREAFAB de Lorient ainsi que le plateau technique ComposiTIC – a ouvert la première formation continue universitaire dédiée à l’impression 3D. Rencontre avec Stéphane Bruzaud, responsable de ce diplôme d’université. Stéphane Bruzaud est professeur à l’université Bretagne-sud. Directeur scientifique et responsable des recherches, il travaille notamment sur l’élaboration de matériaux nanocomposites, sur la durabilité de matériaux plastiques et sur les matériaux d’origine renouvelable.

Comment est né le diplôme « Impression 3D » à l’Université Bretagne-Sud ?

Ce diplôme est issu d’un partenariat avec un Fablab de Lorient. Le responsable de ce dernier est intervenu dans une formation initiale portant, essentiellement, sur l’impression 3D. Les étudiants se sont montrés très réceptifs à cette technologie. Du coup, il m’est venu l’idée d’une formation spécifique à l’impression 3D abordant tous les champs de compétences nécessaires pour l’utiliser, de la partie « logiciels » jusqu’à la partie « finition », en passant par le fonctionnement de la machine et des matériaux. Mon idée était de concevoir une formation transversale pour laquelle le format du D.U. (diplôme universitaire) se prêtait bien. L’université a décidé de se lancer dans ce projet sous une formation continue. L’ensemble de la chaîne de production pour la fabrication additive est très complexe.

Comment arrivez-vous à intégrer tous les niveaux : la conception de modèles numériques, la fabrication, la connaissance des matériaux, le traitement final. ?

Nous avons, à Lorient, un écosystème très favorable :

  • avec des enseignants-chercheurs du l’Institut de Recherche Dupuy de Lôme (IRDL) pour ce qui est de la connaissance des matériaux ;
  • notre laboratoire des Sciences et Techniques de l’Information, de la Communication et de la Connaissance (Lab-STICC) pour l’aspect numérique, informatique et mécatronique ;
  • ainsi que le laboratoire technique de la faculté des sciences en relation avec le CREAFAB de Lorient pour la pratique.

Nous arrivons ainsi à construire toute une chaîne de compétences permettant de répondre à toutes ces questions. Tout cela se trouve dans un environnement géographique de un à deux kilomètres. Cet écosystème permet d’apporter toutes les compétences nécessaires. Vous pouvez retrouver sur le site de l’université Bretagne-sud la plaquette de présentation du diplôme « Impression 3D ». Vous verrez que nous avons plusieurs modules : avec une partie « logiciel », une autre « mécatronique », une partie plus expérimentale sur les matériaux, une sur la conception, le prototypage et la simulation du comportement mécanique et enfin un cinquième portant sur l’écosystème (voir encadré ci-dessous). Ces cours magistraux et pratiques sont dispensés par un personnel qualifié puisque la plupart des enseignants-chercheurs travaillent à la pointe de ce qui peut se faire dans ce secteur.

Concernant les matériaux et les procédés enseignés, certains sont-ils privilégiés ?

Notre travail est plus orienté sur la partie « plastique », comme le procédé FDM (Fused Deposition Modeling, dépôt de matière fondue) par exemple. Le plastique fait partie de nos compétences de base. Nous traitons un panorama de tous les matériaux plastiques qui sont imprimables mais, surtout, nous réalisons un focus de trois heures sur les bioplastiques. Quels sont les bioplastiques aujourd’hui disponibles sur le marché de l’impression 3D ? Quels sont ceux en voie de développement ? Etc. Le bioplastique est au coeur de l’activité du laboratoire. Nous développons beaucoup de recherches autour des bioplastiques. Nous souhaitons concevoir des nouveaux matériaux imprimables et renouvelables afin de limiter l’utilisation de matériaux plastiques pétrochimiques tels que l’ABS, proposer des matériaux de substitution plus vertueux sur le plan environnemental. L’impression 3D est une technologie qui risque de générer une consommation de matières importante, pour laquelle nous allons devoir nous poser la question de la fin de vie et de leur utilisation après. L’impression de matériaux biodégradables ou recyclables peut être une réponse à ces problématiques.

Aujourd’hui, la plupart des formations sont inter ou intraprofessionnelles…

À ma connaissance, nous sommes la première formation universitaire autour de l’impression 3D. Il existe des formations privées, des formations professionnelles, mais nous sommes le seul diplôme universitaire « Impression 3D ». La fabrication additive est une discipline qui n’est pas forcément facile à aborder sur un plan pédagogique. À l’université, nous développons des formations plus initiales, plus verticales comme les logiciels ou les matériaux, mais il est difficile de coupler le tout : logiciel, mécatronique, matériaux.Pourtant, le format du D.U. s’y prête particulièrement bien. Il permet d’avoir une approche plus transversale, très pluridisciplinaire. Nous apportons les bases nécessaires aux étudiants pour appréhender l’impression 3D. Ensuite, chaque étudiant peut choisir tel ou tel axe selon ses problématiques, son projet ou ses compétences. Le diplôme universitaire que nous avons mis en place, je l’imaginais dans cet esprit : former des personnes polyvalentes dans l’impression 3D, qui soient capables d’aborder des problématiques sur la partie « logiciel », sur la partie « mécatronique », sur les matériaux ou sur une partie expérimentale et ensuite, au sein des entreprises, développer une compétence spécifique. La spécialisation nécessite, néanmoins, d’avoir des compétences assez complètes sur l’ensemble de la chaîne.

Un des problèmes aujourd’hui, autour de la formation à l’impression 3D, est que nous formons soit des informaticiens, soit des mécaniciens, soit des polyméristes, mais personne qui n’ait réellement la vision d’ensemble que nécessite cette technologie. Le format du D.U. permet justement de répondre à cette problématique.

Pouvez-vous nous présenter le format du diplôme « Impression 3D » ?

Il s’agit d’un format de 120 heures comprenant cinq sessions de trois jours chacune, de décembre à avril. Ce format nous a paru logique pour solliciter un public large sur un plan géographique. Il permet aux candidats de se déplacer à Lorient uniquement trois jours par mois, du lundi au mercredi. Par conséquent, un public venant de toute la France s’est inscrit. Nous avons également eu un candidat belge qui venait de Bruxelles.

Pensez-vous, que dans quelques années, nos collèges seront équipés d’imprimantes 3D et que les élèves seront formés à la conception de modèles numériques ?

Il existe actuellement des collèges équipés d’imprimantes 3D. Certaines machines ont des coûts relativement bas, par rapport à il y a quelques années. Aujourd’hui, des établissements scolaires peuvent donc s’équiper d’imprimantes 3D. Je le vois aussi à travers les étudiants de première S ou de terminale qui ont des TPE (travaux personnels encadrés) à réaliser et me sollicitent pour répondre à des questions ou pour imprimer deux ou trois objets à l’université. On sent bien que cette génération est déjà fortement imprégnée par cette technologie. Elle est friande d’informatique et de technologie.

La région de Lorient semble être un pôle qui bouge dans ce domaine.

Effectivement ! L’équipe et les laboratoires cherchent à se positionner comme un pôle fort de l’impression 3D, aussi bien sur la partie R&D que sur la partie pédagogique. La création de ce diplôme universitaire en est une illustration. Nous souhaiterions être reconnu comme un pôle de compétences de recherche et de transfert autour de l’impression 3D.

 

Programme de la formation

 

La formation de ce diplôme universitaire est organisée autour de cinq modules :

Module « Logiciels pour fabrication numérique »

  • Conception de pièces
  • Paramétrage de la machine

Module « Mécatronique de la machine imprimante 3D »

  • Micrologiciels
  • Electronique de commande
  • Motorisation
  • Éléments fonctionnels

Module « Matériaux pour impression et technologies d’impression »

  • Panorama sur les matériaux
  • Physico-chimie des matériaux
  • Rhéologie
  • Fabrication d’un consommable

Module « Pièces 3D : conception, prototypage et simulation du comportement mécanique »

  • Utilisation et maintenance de la machine
  • Caractérisation mécanique et structurale des pièces
  • Échanges thermiques dans les procédés
  • Penser et concevoir en impression 3D

Module « Écosystème de l’impression 3D »

  • Place de l’impression 3D dans le paysage scientifique et industriel

Public visé

  • Toute personne du milieu industriel : chef de projet, cadre dirigeant, responsable de production, responsable d’atelier, responsable de bureau, technicien…
  • Toute personne amenée à concevoir, modifier, éditer des objets à produire en plus ou moins grande quantité ou à produire des prototypes industriels.
  • Admission : toute personne titulaire d’un Bac + 2 dans le domaine scientifique ou sur dossier.

Contact

Tél. : 02 97 87 11 39

Mail : sfc.entreprises@univ-ubs.fr

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Gaëtan Lefèvre
1 Comments
  • Jean
    14 juin 2016 at 9 h 26 min

    Bonjour,
    Belle initiative, c’est juste dommage que la formation soit appelé « impression 3D et non « fabrication additive ».
    Bonne continuation,

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