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Un institut de la fabrication additive, rêve ou nécessité ?

Un institut de la fabrication additive, rêve ou nécessité ?

par Gaëtan Lefèvre15 décembre 2016
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En 2017, l’AFPR, l’Association française de prototypage rapide et de la fabrication additive, va fêter ses 25 ans. Vingt-cinq ans, c’est l’âge de la pleine maturité, mais pour une association, c’est aussi le moment de faire le bilan de l’action entreprise au cours de ce quart de siècle passé.

Par Alain Bernard, Professeur des Universités à l’École centrale de Nantes, vice-président de l’AFPR.

 

Vingt-cinq ans que l’AFPR existe. Vingt-cinq ans que l’association survit grâce à l’action de ses bénévoles. Le bénévolat est un concept important qui a aujourd’hui atteint, dans ce cas, ses limites. Le volume d’activité ne cesse de croître et l’écosystème aspire à des services toujours plus importants en termes d’information et de formation. Au cours de ces vingt dernières années, l’AFPR a été un des acteurs majeurs de la dynamique de développement de la fabrication additive sous toutes ses formes, directe et indirecte, pour les pièces et les outillages. Acteur majeur aussi sur la dynamique internationale avec l’accompagnement de la création de la GARPA (Global Alliance of Rapid Prototyping Associations) et, avec elle, de l’émergence de nouvelles associations dans des pays sur les cinq continents. L’AFPR a aussi été motrice dans la signature d’accords internationaux avec différents pays, en particulier le Canada et l’Inde. Elle a été un des acteurs fondateurs des actions en faveur de la normalisation pour la fabrication additive, tant au plan national, international, qu’européen. Elle a également permis l’émergence de grands projets nationaux, de projets européens majeurs, de succès technologiques et de premières mondiales par ses acteurs de grand talent et représentant un potentiel national inestimable. Elle a incité la mise en synergie de compétences scientifiques complémentaires essentielles pour la fabrication additive : mathématiciens, chimistes, physiciens, mécaniciens, concepteurs, informaticiens, métallurgistes, spécialistes de fluidique, de thermique, de simulation, technologues dans de très nombreux domaines de la fabrication, automaticiens, métrologues, producticiens, spécialistes de génie industriel et de systèmes d’information, d’intégration, de traçabilité, de traitement de données et bien d’autres !

Mais aujourd’hui, l’association a besoin de faire perdurer ses actions avec une structure pérenne disposant de moyens suffisants. Le relais de ses actions par ses membres en termes d’information et de formation n’est plus suffisant.

Information et formation

L’AFPR est visible et disponible pour ceux qui cherchent une information objective, pour ceux qui cherchent des partenaires scientifiques et technologiques, pour ceux qui développent une activité ou cherchent à la développer et pour ceux qui souhaitent des conseils sur l’opportunité d’une activité. Trop d’acteurs, d’actions, d’initiatives importantes et nécessaires restent sans relais d’information du fait d’un manque de centralisation de cette information.

Cette information va de pair avec un développement intense et effectif sur une chaîne de valeur complète. Quels apprentissages sont nécessaires et indispensables à la formation de personnels qualifiés, depuis les opérateurs machine jusqu’aux spécialistes qualité en passant par les préparateurs ou les responsables hygiène et sécurité ? Ce chantier, l’AFPR l’a initié au travers de groupes de réflexion. Elle a accompagné une initiative plus large émanant de groupements professionnels en attente de personnels formés pour leurs entreprises. Grâce au dynamisme de nombreux acteurs, ces démarches ont abouti à la définition de blocs de compétences à insérer au sein des formations, depuis le baccalauréat professionnel jusqu’aux écoles thématiques doctorales.

Quels sont maintenant les grands enjeux ?

La maturité technologique de la fabrication additive est acquise. Mais la chaîne de valeur n’est pas toujours aussi robuste que souhaitée pour accompagner des mutations technologiques irréversibles. Et ceci est un problème car cette technologie intéresse potentiellement tous les secteurs économiques, mais pas seulement. Elle est aussi un ensemble de moyens pour pousser l’innovation, depuis l’émergence de concepts et de produits jusqu’à leur mise sur le marché dans des conditions de profit acceptables. Elle permet également la généralisation de preuves de concepts, de grands principes de mise en oeuvre, l’ouverture vers la combinaison de matériaux, vers le développement d’objets dotés de moyens autonomes de mesure et de communication dont la fabrication est assurée par des technologies combinant fabrication additive et d’autres méthodes venant de l’électronique, de la robotique, des composites, etc. Cependant, cela ne sera possible que si les concepteurs et les fabricants sont dotés d’outils leur permettant de préparer les informations numériques utiles pour la mise en oeuvre de ces nouvelles unités de fabrication combinant de multiples procédés et matériaux. Les plates-formes de conception et de préparation de processus sont en cours de développement. Leur avènement est indispensable pour que les produits et leurs stratégies de fabrication fassent un usage le plus efficace et le plus robuste possible du potentiel de la fabrication additive et des autres technologies qui lui sont combinées.

Quelles devraient être les décisions à court et moyen termes ?

Un tel développement technologique s’accompagne de mutations sociétales importantes. Par l’association de compétences nouvelles et la revalorisation de pans technologiques quelque peu laissés pour compte. La fabrication additive représente un champ de développement économique dont les limites sont celles des réalités économiques et de l’imagination humaine.

Des décisions s’imposent afin de pérenniser les savoirs et savoir-faire dont la France est dotée, et afin de les rendre compétitifs sur le plan économique dans un marché européen voire mondial. Les acteurs se multiplient. Les logistiques physiques se transforment en logistiques numériques avec des points relais de fabrication qui décuplent. Des paliers sont en train d’être franchis et de nouvelles prospectives technologiques se développent. Mais trop d’énergie et de temps sont perdus.

Un institut national de la fabrication additive

Une première décision serait de créer ce que l’AFPR appelle de ses voeux depuis plus de trois ans : un Institut national de la fabrication additive, doté de moyens nécessaires aux missions d’information et de formation, en appui sur les membres de cet institut et sur les nombreuses plates-formes technologiques existantes. Qui seraient les membres ? Tous les acteurs qui ont quelque chose à apporter à l’écosystème de la fabrication additive ou qui sont en attente de cet écosystème. Qui en seraient les pilotes ? Des représentants de toutes les catégories d’acteurs, avec une organisation souple ainsi qu’une communication dynamique et actualisée par les membres eux-mêmes. Une vitrine scientifique et technologique du potentiel français que certains voudraient sous-estimer, mais, serait une des toutes premières au monde, qui de par son expérience, son expertise et sa diversité.

Une deuxième décision serait de fédérer les initiatives autour de cet institut afin de valoriser les plates-formes et les actions régionales. Beaucoup d’acteurs sont impliqués et réalisent, créent, conçoivent, imaginent… Faisons en sorte que ce travail soit visible et durable, au travers d’un acteur unique, un institut. Chacun aurait une place active. Chacun aurait la possibilité de proposer ses atouts et ses talents. Chacun pourrait recevoir des autres membres. Une synergie des actions et des compétences permettrait de mieux avancer. Une mutualisation des compétences et des moyens permettrait de mieux progresser et de gérer un calendrier de formations ouvertes aux acteurs de l’écosystème national.

L’AFPR continue à avancer et à agir dans ce sens en faisant de nombreuses propositions. Espérons que l’avenir permettra de voir l’avènement de cet institut qui deviendrait le support d’une marque nationale de compétences, d’expertise et de puissance économique autour d’une organisation concertée au service du développement économique national.

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Gaëtan Lefèvre
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