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Interview Dominique Boudin – Chambre de commerce et d’industrie de France

Interview Dominique Boudin – Chambre de commerce et d’industrie de France

by Gaëtan Lefèvre22 février 2016
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Derrière les acteurs directement impliqués dans la fabrication additive, comme les fournisseurs ou les sous-traitants, d’autres protagonistes jouent un rôle clé pour aider cette technologie à se développer et accompagner les sociétés. Pour cette première rubrique Rencontre, nous avons donc choisi d’ouvrir nos colonnes à des acteurs en périphérie du marché de l’impression 3D, mais qui y portent un regard éclairé et dont les rôles sont essentiels. Les entreprises doivent-elles prendre le virage de la fabrication additive ? Comment peuvent-elles être accompagnées dans ce passage ? Les institutions que nous avons rencontrées investissent dans cette technologie financièrement ou par l’accompagnement afin de lui permettre de se développer.

Propos recueillis par Gaëtan Lefèvre.

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La Chambre du commerce et de l’industrie (CCI) est une structure de développement économique dont la tâche est d’aider les territoires. Elle mène depuis plusieurs années des missions d’aides aux entreprises en les accompagnant au quotidien. Au sein de la région Nord-Pas-de-Calais, les quatre chambres territoriales ont développé et créé le Club impression 3D et fabrication additive. Rencontre avec Dominique Boudin, l’initiatrice de ce club.

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Dominique Boudin est responsable du service innovation et économie numérique à la Chambre du commerce et d’industrie (CCI) du Grand-Lille. À l’origine du Club impression 3D et fabrication additive en Nord-Pas-de-Calais, elle en est la coordinatrice et la responsable au niveau régional.

Qu’est-ce que le Club impression 3D et fabrication additive au sein de CCI ?

Les chambres de commerce et le conseil régional en Nord-Pas-de-Calais portent un très gros projet, « la troisième révolution industrielle Nord-Pas de Calais ». Ce projet a pour objectif de muter le territoire et de l’entraîner dans la nouvelle économie, dans la transition énergétique, etc. Dans ce cadre, nos élus ne veulent pas se contenter de belles paroles et souhaitent mettre en place des actions. L’année dernière, en mars 2014, ils avaient demandé à chacune des chambres de réaliser des actions sur une semaine, « la semaine de la troisième révolution industrielle ». Je suivais déjà de très près l’impression 3D. Au sein d’un service d’innovation et d’économie numérique, je réalise beaucoup de veille. Je suis allée, en 2013, sur plusieurs salons dédiés à cette technologie. J’ai donc organisé une conférence d’1h30 sur les enjeux de l’impression 3D pour les entreprises. Une soixantaine d’entreprises sont venues. Et lorsque les dirigeants ont découvert l’impact probable qu’aurait l’impression 3D sur leurs entreprises et les grands enjeux qui se profilaient, ils ont souhaité poursuivre leurs actions d’information et de formation dans ce secteur. Voici comment est né le club. Il est né d’entreprises souhaitant aller de l’avant et prendre le virage au bon moment.

Une fois le club lancé, il a fallu définir son positionnement et ses missions. Nous avons proposé aux quatre autres chambres de la région de s’associer avec nous afin que le club soit immédiatement régional. Les entreprises intéressées ne se limitaient pas au Grand- Lille. Ce club devenait ainsi plus fort et permettait un travail en réseau avec les CCI.

D’autres régions ont-elles développé ce genre de club ?

Non, il n’y a pas d’autres clubs en tant que tel, aussi structuré dans son action et dans le nombre d’adhérents. Cependant, d’autres régions comme les Ardennes possèdent des pôles de compétitivité tournés vers la fabrication additive. En d’autres termes, nous sommes les premiers à avoir lancé ce type d’initiative. Nous aimerions bien qu’il y en ait plus.

Quelles ont été les actions du club pendant cette année ?

Depuis le lancement, 369 personnes se sont inscrites au club. Nous avons organisé 12 conférences avec près de 1 000 participants. Nous avons aussi organisé 2 visites, avec 45 dirigeants et cadres, dans le centre Sirris. Ce dernier est la plus grosse plateforme de recherche autour de la fabrication additive en Europe. Ce centre est basé près de Liège, en Belgique. Nous accompagnons, aujourd’hui, une trentaine de projets. Nous avons aussi édité le premier annuaire des compétences en impression 3D dans le Nord-Pas-de-Calais. Cet annuaire regroupe 60 compétences de la région. Vous pouvez le retrouver sur notre site web : www.clubimpression3d.fr. Nous aimerions l’élargir, l’année prochaine, avec la Picardie. Les partenariats sont nombreux et divers. Nous avons, par exemple, un partenariat avec un pôle d’excellence sur le BTP avec qui nous avons organisé, le 1er décembre dernier, une grande conférence sur l’impression 3D dans le BTP. Nous avons aussi des partenariats très étroits avec des écoles : EDHEC, SKEMA mais aussi des écoles d’ingénieurs. Il s’agit d’un club très ouvert. D’ailleurs, un tiers de nos membres sont des sociétés industrielles et de service qui ont des usages dans la fabrication additive, un tiers sont des prestataires de services, comme des fabricants de machines ou de matériaux, et un tiers regroupe des écoles, des laboratoires et des pôles de compétitivité et d’excellence. Notre rôle est de fédérer les acteurs pour faire émerger des projets. Nous essayons aussi de rapprocher des prestataires entre eux afin d’offrir de vrais services, notamment à des sociétés industrielles. Nous avons deux membres du club, une start-up et une société en plasturgie, qui viennent de créer un GIE (groupement d’intérêt économique). Ils vont ouvrir une plateforme contenant des machines afin de travailler pour le monde industriel. Aujourd’hui, il nous manque des infrastructures et des plateformes permettant de fabriquer des pièces, des prototypes… Enfin, grâce au club, nous avons réussi à fédérer un écosystème. Maintenant, il faut inciter les usages et l’offre de services au niveau des industriels.

Où en est la fabrication additive, aujourd’hui, en France ?

La fabrication additive est un secteur en émergence qui va offrir du potentiel de développement. Si nous entendons, de plus en plus, parler de cette technologie, elle n’est pas encore très visible dans les productions. Certains domaines avancent rapidement comme l’aéronautique, entraînés par de grands groupes tels qu’EADS, Airbus, Safran ou Thales. Le secteur de l’automobile est en train de bouger. Le domaine du transport avance vite. Les secteurs de la lunetterie et de la bijouterie travaillent, de plus en plus sur le sujet. Nous sommes en plein bouillonnement. Aujourd’hui, cette technologie ne représente pas grand-chose dans le PIB de la France. Mais je pense que d’ici quelques années, dans les 5 ans à venir, elle va fortement se développer.

Donc le futur est prometteur ?

Il faut que des projets se développent. Dans le Nord-Pas-de-Calais, certains, portés par de grandes sociétés notamment dans la grande distribution émergent. Mais, des sujets d’expérimentation doivent être imaginés. Cette technologie doit devenir mature. Dans le secteur de l’automobile, l’Allemagne me semble en pointe puisque Opel passe des accords avec 3D Systems et BMW travaille aussi cette technologie. L’Allemagne avance. Ils communiquent beaucoup. En France, nous avons plus le culte du secret. PSA, notamment, a de vrais projets qu’ils expérimentent avec la société Materialise, en Belgique. Notre objectif est aussi que les PME y trouvent leur compte. Ce sont les grands groupes qui tirent les PME. Le secteur est en émergence. Notre parc de machines représente 3 % du parc de machines d’impression 3D derrière l’Italie et l’Allemagne, et très loin derrière l’Amérique du Nord. Mais, les entreprises ont envie de s’équiper. C’est bon signe ! En France, on est toujours un peu lent au démarrage. Le tout est de se lancer. Le personnel des quarante-cinq entreprises qui ont visité Sirris, imagine très bien comment utiliser cette technologie. Lorsque nous montrons le potentiel de cette technologie, les dirigeants comprennent bien son intérêt. Il faut montrer et démontrer pour donner envie de faire. Les grandes questions que se posent les entreprises concernent les usages. Qu’est-ce que nous pouvons en faire ? Nous devons faire preuve d’innovation et de créativité. Nous devons l’expérimenter en mode ouvert avec un fablab ou une école d’ingénieurs. Même si les entrepreneurs ne sont pas toujours habitués à ce genre d’exercice. En 2016, des sociétés vont proposer des pièces fabriquées en impression 3D et des projets extrêmement intéressants. Par exemple, une jeune société vient de s’installer en région nord et propose une offre de fabrication avec une machine dédiée au titane. Grâce au développement de ces entreprises, la demande augmentera.

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Gaëtan Lefèvre

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