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Interview Émilie Garcia – Bpifrance, Banque publique d’investissement

Interview Émilie Garcia – Bpifrance, Banque publique d’investissement

by Gaëtan Lefèvre22 février 2016
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Derrière les acteurs directement impliqués dans la fabrication additive, comme les fournisseurs ou les sous-traitants, d’autres protagonistes jouent un rôle clé pour aider cette technologie à se développer et accompagner les sociétés. Pour cette première rubrique Rencontre, nous avons donc choisi d’ouvrir nos colonnes à des acteurs en périphérie du marché de l’impression 3D, mais qui y portent un regard éclairé et dont les rôles sont essentiels. Les entreprises doivent-elles prendre le virage de la fabrication additive ? Comment peuvent-elles être accompagnées dans ce passage ? Les institutions que nous avons rencontrées investissent dans cette technologie financièrement ou par l’accompagnement afin de lui permettre de se développer.

Propos recueillis par Gaëtan Lefèvre.

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La Banque publique d’investissement, Bpifrance, accompagne et soutien les entreprises dans leur besoin de financements à toutes les étapes de leur projet. Elle intervient dans des secteurs d’avenir comme les écotechnologies, les biotechnologies et le numérique, mais aussi dans l’ensemble des filières industrielles et de service. Depuis sa création, il y a deux ans, elle porte un regard très attentif sur la fabrication additive, comme technologie d’avenir. Rencontre avec Émilie Garcia, Direction de l’innovation.

BPI 2014 Pascaline Dargant

Émilie Garcia est responsable sectorielle Industries au sein de la Direction de l’innovation. En octobre 2014, Bpifrance a organisé les « rencontres stratégique/innovation » dédiées à la fabrication additive et à l’impression 3D. Un marché particulièrement surveillé par la Banque publique d’investissement.

Quelle a été la rencontre de Bpifrance avec la fabrication additive ?

Dans le secteur industrie et innovation, nous échangeons en permanence avec les entreprises sur leurs technologies d’innovation. Notre rôle est de repérer les sujets porteurs et d’accompagner les entreprises sur ces marchés. Depuis deux ans, la fabrication additive a gagné en visibilité, notamment grâce à des brevets tombés dans le domaine public. Aujourd’hui, en plus d’aborder son utilisation dans le prototypage et l’outillage, les experts abordent la production directe. Cette technologie est une réelle source d’innovation en termes d’outils de production. Bpifrance observe l’innovation technologique sous l’angle technique : les procédés, les machines, les matériaux… mais aussi, toute une partie non technologique : les nouveaux métiers, les sites de production, etc. Suite à cela, nous avons revu notre stratégie. Nous avons organisé une journée « rencontres stratégique/innovation » sur la thématique de l’impression 3D avec pour objectif de regrouper les acteurs de la filière. Les start-up, les PME et les grands groupes mais aussi les académiques et les pôles de compétitivité qui n’ont pas la possibilité de se rencontrer au niveau national. Cette journée a permis d’initier le mouvement, de favoriser les prises de contact et de faire émerger des projets.

Quel sera votre rôle dans ce secteur ?

Notre rôle est d’accompagner les acteurs. Nous essayons d’être un catalyseur et un « entremetteur » pour aider les entreprises. Nous sommes également un financeur au travers d’Aides à l’innovation (AI) et des prêts financiers, ainsi que des collaborations plus ambitieuses comme les Projets structurants pour la compétitivité (PSPC) ou les Projets industriels d’avenir (PIAVE) qui sont des projets collaboratifs. La Bpifrance peut aussi prendre des participations d’entreprises comme on l’a fait sur le secteur de l’impression 3D, avec le groupe Gorgé, propriétaire de Prodways, dans lequel nous avons pris des parts.

Comment sélectionnez-vous ces entreprises ?

Les critères sont très précis. Ils dépendent du type de financement : prêts, des aides à l’innovation ou investissement en fonds propres. Évidemment, la stabilité financière est essentielle. Au sein du projet, nous allons regarder le potentiel du marché mais aussi le business plan de la société, etc. Les critères sont aussi différents si l’on parle de start-up, de PME ou de grands groupes. Les projets d’Aides à l’innovation portent sur des projets particuliers. Le caractère innovant du projet est essentiel, et donc le chiffre d’affaires qui sera généré. Nous cherchons avant tout l’innovation, qu’elle soit technologique ou de « nouvelle génération » comme des nouveaux process ou encore des stratégies marketing. La fabrication additive, par exemple, ne concerne pas uniquement les innovations technologiques mais elle entraîne aussi des changements d’organisation au sein de l’entreprise.

Avez-vous déjà accompagné un projet dans le secteur de l’impression 3D ?

En 2014, nous avons accompagné la société Prodways, une solution d’accompagnement et de financement des entreprises de la filière européenne.

Pensez-vous que les entreprises, TPE et PME comprises, doivent prendre le virage aujourd’hui ?

Oui, elles peuvent et elles doivent ! Il s’agit d’un message que nous souhaitons transmettre. Avec tous les avantages que possèdent cette technologie, il faut que les entreprises s’y intéressent et prennent conscience de ce qu’elle peut leur rapporter. Évidemment, selon les technologies, l’investissement ne sera pas le même. Nous voyons de plus en plus d’initiatives dans ce domaine.

Pouvez-vous aider les entreprises dans cette démarche ?

Nous menons des actions de sensibilisation aux enjeux de cette technologie mais ce n’est pas vraiment notre rôle. Notre rôle reste l’accompagnement ainsi que la proposition d’outils de financement lorsqu’ils ont déjà structuré leur projet. Une entité type l’AFPR serait plus vouée à cela.

Quels sont, aujourd’hui, les enjeux de cette technologie sur le marché français ?

Beaucoup d’initiatives se créent. Par exemple, le groupe Gorgé a ouvert une division dédiée à l’aéronautique qu’ils ont lancé fin novembre. Des entreprises comme le joint-venture Michelin/Fives rentrent également dans ce secteur. De gros industriels français prennent ainsi les devants, également des start-up comme Sculpteo et Beam. Cela est une très bonne chose même si la France n’est pas en avance pas rapport à d’autres pays. Les enjeux sont différents selon les secteurs. En termes de croissance et d’emploi, si l’on veut avoir des entreprises compétitives, il faut clairement avoir une avance technologique. Il existe évidemment un enjeu technologique. Il peut aussi y avoir un enjeu de relocalisation de production. Ramener en France des productions de petites et moyennes séries et ne plus forcément délocaliser à l’étranger comme c’était le cas. Les enjeux environnementaux sont aussi, de plus en plus, à prendre en compte afin de diminuer les coûts des transports, la consommation de matières et ainsi les déchets. Enfin, il y a aussi des enjeux humains au travers des nouveaux métiers qui se créent. Cette technologie va changer nos habitudes et les compétences au sein des entreprises.

Quels sont les changements à venir ?

Côté plastique et résine, la technologie est déjà bien installée. L’avenir porte sur la fabrication additive métallique, notamment comme production directe. Comment allons-nous transformer cette technologie en outil industriel ? Il s’agit d’un réel enjeu. Il faut clairement continuer à travailler en R&D pour avoir des machines plus compétitives, notamment en termes de cadence, mais aussi pour proposer de nombreux matériaux.

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Gaëtan Lefèvre

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