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Interview Olivier Peyrat – Association Française de Normalisation (AFNOR)

Interview Olivier Peyrat – Association Française de Normalisation (AFNOR)

by Gaëtan Lefèvre13 avril 2016
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Le déploiement de la fabrication additive passera par la normalisation. Fabriquer des pièces est une chose, mais il faudra être capable de garantir les machines, les procédés, les filières d’approvisionnement, les propriétés des pièces… Des normes commencent à exister : en terminologie, pour définir les procédés de fabrication, le cahier des charges, les formats de fi chiers et le catalogue de méthodes d’essais. A3DM Magazine est parti à la rencontre d’acteurs qui aident à concevoir ces normes.

Propos recueillis par Gaëtan Lefèvre, rédacteur en chef.

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AFNOR a demandé au BIPE, organisme indépendant d’études économiques et de conseils en stratégie auprès des entreprises privées et des pouvoirs publics, une étude sur l’impact économique de la normalisation. Une nouvelle méthodologie a permis de travailler sur la causalité, une approche différente de la dernière étude similaire, en 2009, portant sur les corrélations. Olivier Peyrat, directeur général d’AFNOR, nous présente cette étude.

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Directeur général d’AFNOR, Olivier Peyrat est également administrateur du comité européen de normalisation et vice-président de l’organisation internationale de normalisation. Tous les deux ou trois ans, un des trois organismes européens, le DIN allemand, le BSI anglais ou l’AFNOR en France, publie une étude sur les impacts économiques de la normalisation. Cette année, la France a annoncé ses résultats.

Qu’est-ce qui se dégage de cette étude ?

Tout d’abord, nous devons préciser que l’étude porte uniquement sur les normes volontaires – et non les normes réglementaires – relatives à des sujets variés, du bouton utilisé en mécanique au format de fichier informatique. Ces normes volontaires sont définies par des acteurs souhaitant convenir de dispositions, tous ensemble. Ils sont co-intervenants. Ils ont un intérêt commun à définir ensemble les règles du jeu. Notre étude montre que des bénéfices de différents ordres sont en corrélation avec l’achat de normes, voire l’implication dans leur création et leur utilisation. Pour une entreprise, participer aux travaux de normalisation volontaire ouvre des marchés et provoque, statistiquement une croissance du chiffre d’affaires de 20 % supérieure à la moyenne. Nous observons également une plus grande capacité à l’exportation. Le taux à l’export est de 19 % supérieur pour les entreprises impliquées dans les travaux de normalisation. Nous avons aussi estimé le bénéfice pour l’économie nationale. L’application et le développement des normes volontaires se traduisent par une augmentation de 15 milliards d’€ de la production de produits ou de services. Plus de croissance, plus d’emplois, plus de bénéfices et donc plus d’impôts pour la collectivité.

Est-ce que l’on retrouve les mêmes résultats dans les études au Royaume-Uni et en Allemagne ?

Nous sommes les premiers à travailler sur la causalité et non plus la corrélation entre d’une part implication dans les travaux de normalisation et utilisation des résultats, et d’autre part croissance du chiffre d’affaires et conquête de marchés à l’exportation. Nos amis anglais et allemands travaillent également sur des corrélations. Cette étude, à ma connaissance, est donc une première mondiale.

Le taux de croissance annuel est de 4 % chez les entreprises parties prenantes des commissions de normalisation contre 3,3 % en moyenne pour l’ensemble des entreprises. Pouvez-vous nous expliquer d’où vient ce surcroît de croissance annuelle du chiffre d’affaires ?

Si vous êtes capable d’anticiper les tendances, vous serez capable de les exploiter. Il est plus simple de rouler sur une route de jour, avec une belle visibilité, que de conduire de nuit. Vous serez capable d’anticiper plus vite. Vous pourrez rouler plus vite et mieux négocier les virages. C’est aussi simple que cela. Avec la normalisation, vous co-dessinez la route donc vous êtes capable de savoir l’existence de virages, leurs courbures, etc. Lorsque vous travaillez sur la création des normes de demain, vous êtes capable de mieux utiliser toute la chaîne de valeur. Vous pouvez développer de nouveaux services, mieux former vos employés et vos partenaires, mieux anticiper les usages. Par exemple, la création d’un format dans l’impression 3D, OBJ, a été un facteur important de démultiplication des chaînes de valeur. Elle permet aux acteurs de pouvoir recevoir un format de fichier, prendre la commande, pouvoir la produire et la livrer. Elle assure une interopérabilité. Les imprimantes 3D sont ainsi capables de lire le bon format de fichier. De nombreuses choses deviennent possibles avec l’existence de normes volontaires. La capacité d’anticiper crée très naturellement un surcroît de croissance pour les entreprises qui sont capables de peser sur le développement de ces normes.

La normalisation impacte aussi le taux d’export, pour les entreprises acheteuses de normes ou parties prenantes des commissions de normalisation, qui est de 18,2 % contre 15,3 % dans l’ensemble des entreprises…

Exactement, vous ne jouez plus sur un périmètre qui est strictement national mais dans un périmètre au minimum européen, voire international. Vous façonnez les règles du jeu et vous jouez partout comme si vous étiez chez vous. C’est toujours mieux de jouer à domicile qu’à l’extérieur !

Une grosse partie de l’étude porte sur la méthodologie et la bibliographie….

Oui, nous avons voulu montrer que le travail ne porte plus sur une corrélation mais bien sur une causalité. S’impliquer dans les normes et les utiliser, mécaniquement, se traduit par un plus notable pour l’entreprise. Ceci implique un important travail de démonstration.

En dehors de ces chiffres, d’autres éléments ressortent-ils de cette étude ?

Nous nous sommes concentrés sur ces chiffres avant, le cas échéant, d’analyser des déclinaisons sectorielles ainsi que des situations particulièrement favorables. Nous analysons des logiques d’interchangeabilité et d’interopérabilité autour de l’innovation. Plus le monde est innovant et plus l’existence de normes peut accélérer la croissance à partir de l’innovation, à laquelle les normes volontaires apportent simultanément légitimité et effet de levier. Cependant, ce phénomène n’étant pas démontré en totalité, nous préférons rester prudents et évoquer une forte intuition, alimentée par de nombreux exemples concrets.

Les brevets sont-ils des freins à la normalisation ?

Nous avons des conditions claires d’utilisation et de référence aux brevets dans les normes volontaires. Toutes les entreprises participant à une commission de normalisation doivent déclarer l’existence de brevets qu’elles détiendraient dans les domaines discutés. Si nous définissons tel brevet comme intéressant, le propriétaire peut choisir d’embarquer ce brevet dans la norme. Les entreprises posséderont alors un accord de licence dans des conditions équitables, raisonnables et non discriminatoires. Le propriétaire du brevet s’engage à donner une licence à toute personne qui en fait la demande en échange, évidemment, de rémunération. Nous ne sommes donc plus dans une logique d’exclusivité mais de partage rémunéré. Le propriétaire du brevet peut se transformer en « bureau d’étude » auprès d’intervenants qui reverseront des royalties, par exemple.

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Gaëtan Lefèvre

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