Magazine Jeudi 1 octobre 2020 - 16:44

Les investissements en R&I au centre du débat européen

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Les investissements en R&I au centre du débat européen

Les investissements en R&I aux niveaux mondiaux et européens continuent d’augmenter. L’innovation est même l’un des enjeux des politiques de relance. En pleine crise sanitaire du Covid-19, le débat sur les investissements en R&D est au centre de la politique européenne. La Commission européenne définit actuellement sa stratégie 2021-2027.

Depuis plusieurs années, les dépenses mondiales en recherche et développement (R&D) ne cessent d’augmenter. Toutes les grandes régions du monde investissent dans ce que nous pourrions appeler le « futur » ou l’ « industrie du futur ». L’innovation est au cœur des politiques de l’Union européenne, mais aussi des États-Unis et maintenant de la Chine. Les derniers rapports de la Commission européenne montrent que le poids relatif des investissements en R&D diminue. En 2017, l’UE représentait encore 17 % des dépenses totales en R&D dans le monde, contre 22 % en 2000. La baisse est encore plus marquée pour les États-Unis, qui sont passés de 37 % en 2000 à 26 % en 2017. Cette chute est principalement due à l’augmentation rapide des investissements chinois qui ont presque quintuplé, passant de 5 % en 2000 à 24 % en 2017. 

Objectif : 3 % du PIB

« La recherche, la science et l’innovation ont été placées au cœur de la stratégie de l’Union européenne pour créer de la croissance et des emplois. » Cette déclaration de la Commission européenne (CE) est plus que jamais d’actualité alors que sont en discussion les politiques de relance après la crise sanitaire du Covid-19. Nonobstant les positions antinomiques d’enthousiasme total ou de scepticisme absolu à l’égard des politiques de la Commission européenne, le financement public de la recherche, de la science et des activités en innovation (R&I) est un domaine plutôt apprécié. Pour l’Union européenne, il s’agit d’un levier d’action important de son implication sur la vie des 500 millions de citoyens européens. Ces investissements sont réalisés par le biais de programmes-cadres pluriannuels de recherche et innovation, avec les objectifs suivants : 

  • Renforcer la position de l’Union européenne dans le domaine scientifique. 
  • Renforcer l’innovation industrielle, en soutenant notamment les petites entreprises.
  • Soutenir tous les domaines horizontaux touchant à l’innovation comme l’Internet des objets, l’industrie 4.0, la fabrication de pointe (dont la fabrication additive et l’impression 3D), le développement durable, la sécurité énergétique ou encore la santé publique.
  • Rendre l’innovation viable avec un réel potentiel commercial en nouant notamment des partenariats entre l’industrie et les gouvernements.
  • Intensifier la coopération internationale sur la recherche et l’innovation.

Depuis une dizaine d’années, la stratégie de l’Union européenne pour la croissance et l’emploi était inscrite dans le programme « Stratégie Europe 2020 ». Elle se concentrait sur une croissance intelligente, durable et inclusive afin d’améliorer la compétitivité et la productivité de l’Europe. Elle visait également à soutenir une économie sociale de marché durable. Son objectif était de « porter l’investissement combiné public et privé en R&D à 3 % du PIB d’ici 2020 », chaque état membre fixant ses propres objectifs nationaux. Au terme de cette stratégie, l’objectif de 3 % du PIB n’a pas été atteint. Malgré des investissements en hausse, il manque environ 110 milliards d’euros supplémentaires par an pour atteindre cet objectif. Ces investissements sont également très disparates d’un pays à l’autre, et l’écart pourrait encore se creuser dans le futur. Cet objectif de 3 % du PIB s’est toutefois révélé mobilisateur et stimulant pour la politique de R&I, de croissance et de compétitivité de l’Union européenne. Il constitue également un accélérateur à l’innovation mais aussi au développement durable, social et économique.

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Mariya Gabriel_ministre italien des Affaires étrangères

La commissaire Mariya Gabriel avec le ministre italien des Affaires étrangères à l'occasion de la signature du protocole blockchain.

2021-2027, un nouveau plan de relance

Le financement futur de la R&I en Europe est défni par l’approbation du prochain budget européen pour la période 2021 à 2027. Celui-ci est actuellement en discussion au sein de la Commission européenne, mais la crise du Covid-19 a altéré les débats... et le budget. Une nouvelle proposition liée à un plan de relance est intégrée. Cette dernière vise à aider l’Union européenne à sortir de la récession déclenchée par la pandémie du coronavirus. 

Les États membres ont eu du mal à se mettre d’accord sur les priorités du budget 2021-2027. Une partie de la Commission européenne plaide pour une augmentation des investissements dans les technologies vertes et numériques, tandis qu’une autre fraction souhaite préserver les allocations pour l’agriculture et le développement régional. Alors qu’une intervention rapide est nécessaire, l’Union européenne est bloquée par des exigences nationales propres, un manque de volonté générale, l’implication du Parlement européen (qui est la seule institution européenne directement élue par les citoyens) et des discussions sans fin.

L’économie européenne a été durement touchée par la crise sanitaire du Covid-19. Les dernières prévisions économiques présentées par la Commission européenne, début mai, suggèrent une contraction d’au moins 7,4 % en 2020. Le 2 mai 2018, la Commission européenne a adopté sa première proposition de budget à long terme dans le cadre financier pluriannuel (CFP) 2021-2027. Celle-ci comprend un instrument de rétablissement d’urgence, nommé « Next Generation EU », dont l’objectif est de réparer les dommages immédiats causés par la pandémie. Elle vise également à préparer le plan de relance. Elle comprend un budget de 1 850 milliards d’euros sur sept ans :

  • Un budget révisé à long terme de l’UE de 1 100 milliards d’euros pour 2021-2027.
  • Un renforcement temporaire de 750 milliards d’euros pour relancer les économies frappées par la crise du Covid-19.
  • Un budget total de 80,9 milliards d'euros pour « Horizon Europe », un chiffre inférieur à la proposition de 94,4 milliards d'euros présentée par la Commission européenne en mai dernier. Ce budget a été réduit à plusieurs reprises tout au long du sommet.

La réponse spécifique de la CE et le fort soutien à la R&D

La Commission européenne, emmenée par ses commissaires européens à la Recherche, à l’Innovation et à la Science – Carlos Moedas de 2014 à 2019 et Mariya Gabriel depuis 2019 –, s’engage pour soutenir la recherche, l’innovation, la culture, l’éducation et la jeunesse. Ces dernières semaines, en situation de crise sanitaire, elle a mobilisé 122 millions d’euros supplémentaires pour la recherche contre le coronavirus, budget de son programme « Horizon 2020 ». Début mai, lors de l’événement « Coronavirus Global Response », la Commission a enregistré 7,4 milliards d’euros de promesses de dons de la part de donateurs du monde entier, dont une promesse de 1,4 milliard d’euros de sa propre part. L’objectif de cet événement était de réunir des fonds importants pour assurer le développement en collaboration et le déploiement universel de diagnostics, de traitements et de vaccins contre les coronavirus. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré le 4 mai : « Aujourd’hui, le monde a fait preuve d’une extraordinaire unité pour le bien commun. Les gouvernements et les organisations mondiales de la santé ont uni leurs forces contre le coronavirus. Avec un tel engagement, nous sommes sur la bonne voie pour développer, produire et déployer un vaccin pour tous. Toutefois, ce n’est qu’un début. Nous devons poursuivre l’effort et nous tenir prêts à contribuer davantage. Le marathon des promesses de dons se poursuivra. Après les gouvernements, la société civile et les populations du monde entier doivent se joindre à nous, dans une mobilisation mondiale d’espoir et de détermination. »

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La Commission et les ministères nationaux ont également convenu d'un premier plan d’action « ERAvsCorona ». Celui-ci définit dix actions prioritaires et complète les initiatives antérieures de développement de diagnostics, de traitements et de vaccins, en renforçant les capacités de fabrication et de déploiement de solutions. Il permettra également d’améliorer la compréhension des impacts comportementaux et socio-économiques de l’épidémie. « Nous mobilisons tous les moyens mis à notre disposition pour lutter contre cette pandémie avec des tests, des traitements et de la prévention. Mais pour réussir, nous devons aussi comprendre comment il affecte notre société et quels sont nos moyens d’action. Nous devons explorer des solutions technologiques pour fabriquer plus rapidement du matériel et des fournitures médicales, pour surveiller et prévenir la propagation de la maladie et pour mieux soigner les patients », a déclaré Mariya Gabriel. L’actuel commissaire à la Recherche, à l’Innovation et à la Science soutient également un appel pour placer le financement de la R&D au cœur du plan de relance pandémique de l’UE.

Le 21 juillet, les dirigeants européens se sont mis d'accord sur un budget de 80,9 milliards d’euros dédié à la recherche et à l’innovation dans son prochain programme « Horizon Europe ». Un montant inférieur aux 94,4 milliards annonés en mai par la Commission européenne. « Ces coupes dans le budget de la recherche, de l'innovation et de léducation sont regrettables », a déclaré Mariya Gabriel sur twitter. Cet investissement contribue à un plan budgétaire massif sur sept ans pour aider à surmonter la crise Covid-19. Il comprend une injection de trésorerie de 13,5 milliards d’euros du Next Generation Fund, un nouveau fonds d’investissement de 750 milliards d’euros. Si ces budgets restent très incertains, des fonctionnaires européens ont déclaré que les fonds supplémentaires pour la recherche seraient alloués à plusieurs domaines de recherche, notamment la santé, l’économie verte ou encore l’innovation industrielle. Des acteurs européens comme EU-LIFE, une alliance de centres de recherche en sciences de la vie,  souhaitent un budget plus important. « Sans un budget d’“Horizon Europe” d’au moins 150 milliards d’euros, l’UE ne disposera pas des ressources nécessaires pour garantir la sécurité sanitaire de ses citoyens. » L’alliance a exhorté les dirigeants européens à augmenter le financement d’« Horizon Europe » et à veiller à ce que la recherche fondamentale joue un rôle clé dans le programme, avec au moins 35 % du budget consacré à celui-ci. Devant le Parlement européen, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a déclaré que « le fonds de relance ira au-delà d’un plan de sauvetage économique habituel : il stimulera la science, la recherche innovante et l’investissement dans les technologies de l’avenir ».

« Horizon 2020 » et le soutien aux nouvelles technologies

Ce budget R&I complète un investissement de 48,2 millions d’euros investis dans 18 projets pour développer des diagnostics, des traitements, des vaccins et la préparation aux épidémies, auxquels sajoutent 117 millions d’euros investis dans huit projets sur les diagnostics et les traitements à travers l’Initiative des médicaments innovants et des mesures pour soutenir les idées innovantes par le biais du Conseil européen de l’innovation (EIC - the European Innovation Council). 

Le programme « ERAvsCorona » cible le financement d’innovations capables de produire rapidement des résultats pertinents pour la société, en se concentrant sur les impacts sociaux et économiques de la réponse à l’épidémie, les technologies médicales et les applications des TIC, ainsi que la préparation des systèmes de santé (y compris la fabrication). Il couvrira les cinq domaines suivants :

  • Réorientation de la fabrication de fournitures et d’équipements médicaux vitaux (23 millions d’euros).
  • Technologies médicales, outils numériques et analyse de l’intelligence artificielle pour améliorer la surveillance et les soins à des niveaux de préparation technologique élevés (56 millions d’euros).
  • Impacts comportementaux, sociaux et économiques des ripostes aux flambées (20 millions d’euros).
  • Cohortes paneuropéennes Covid-19 (20 millions d’euros).
  • Collaboration des cohortes européennes et internationales existantes et pertinentes pour le Covid-19 (3 ​​millions d’euros).

Les cohortes citées mènent des études prospectives et des collectes de données tout en examinant les données déjà recueillies.

Deux projets de fabrication additive pour la lutte contre le COVID-19

La Commission européenne est consciente des actions menées par le secteur de la fabrication additive dans son ensemble. Certains projets ont ainsi reçu un financement du Conseil européen de l’innovation (European Innovation Council - EIC) pour soutenir leur action.

Le projet «Repair3D », dirigé par la société italienne Warrant Hub, mène des travaux sur les nouvelles voies de recyclage dont celui des polymères courants, utilisés dans les produits de tous les jours. Ce recyclage a pour objectif de réutiliser la matière pour fabriquer des produits compétitifs et hautement personnalisés à des coûts de production bas. Durant la crise sanitaire, les chercheurs du projet « Repair3D » ont – comme de nombreux acteurs – adapté leurs outils et équipements d’études afin de produire des écrans faciaux de protection et de lutter contre le manque de dispositifs médicaux dans les hôpitaux. Les matériaux recyclés seront repensés et remodelés afin de fabriquer des produits utiles pour les hôpitaux.

Le projet «M3DLoC», dirigé par l’Université technique nationale d’Athènes, en Grèce, travaille sur les connaissances et les technologies en ingénierie des matériaux et en impression 3D plastique biodégradable. Ces travaux doivent aboutir à des applications médicales développées, dont la mise en place de solutions pour répondre aux pénuries critiques d’équipements de protection individuelle (EPI) pour les hôpitaux.

Contenu Encadré

AMable, fabrication additive et logistique

Le projet « AMable », financé par la CE, a récemment lancé un « Appel ouvert pour la fabrication additive et la logistique » (date limite pour y répondre : 1er août 2010), envisageant le financement d’un ou deux projets traitant du lien entre la fabrication additive et la logistique.

Un produit conçu par fabrication additive passe par de nombreuses étapes où la logistique entre en jeu. Dans un premier temps, l’équipement d’impression doit être installé et recevoir la matière première. Les suites logicielles entrent en action. Les paramètres d’impression doivent être programmés. La ou les pièces doivent être retirées de la machine et transférées aux phases de post-traitement. Tout au long de cette chaîne, la manipulation des pièces soulèvent des problèmes divers. Il est difficile de généraliser car chaque chaîne de production est individuelle, mais elle contient toujours des règles, des conditions limites, des données numériques, des équipements et la partie physique. Cet appel porte sur le lien entre la fabrication additive et la logistique. Il vise à démontrer comment des chaînes de production complexes de fabrication additive peuvent être réalisées. Il encourage l’utilisation de véhicules à guidage automatique (AGV) inter-usines en combinaison avec des robots. En ce qui concerne la logistique numérique, il impose un transfert de données numériques totalement transparent, parallèlement à la partie physique.

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