Magazine Lundi 4 juin 2018 - 15:29

Rencontre avec Éric Marx & Abdelhafid Haderbache du Pôle ORTECH du lycée Théodore Deck

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Pôle ORTECH du lycée Théodore Deck - A3DM

Éric Marx est enseignant en sciences industrielles de l’ingénieur, option ingénierie mécanique, en BTS, au lycée Théodore Deck. Avec d’autres enseignants du lycée, il travaille depuis de nombreuses années en étroite collaboration avec des entreprises de la région dans le cadre du pôle ORTECH (Outillage Rapide TECHnologique). Grâce à ce dernier, ils ont pu intégrer de nouvelles technologies, dont la fabrication additive, au programme scolaire de leurs élèves. Abdelhafid Haderbache est enseignant en bac pro technicien outilleur. Il profite également de ces structures pour amener ses élèves à découvrir la technologie additive. A3DM Magazine a rencontré ces deux enseignants pour parler de la formation. Rencontre avec ces acteurs de demain !

Propos recueillis par Gaëtan Lefèvre, rédacteur en chef.

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Éric Marx & Abdelhafid Haderbache du Pôle ORTECH du lycée Théodore Deck A3DM

Le lycée Théodore Deck a été précurseur dans l’intégration des nouvelles technologies, dont la fabrication additive, dans le programme des élèves. Aujourd’hui, la filière « outillage » regroupe des bac pro « techniciens outilleurs » et le nouveau BTS « CPRP » (conception des processus de réalisation de produits), fusion des BTS « ERO » et « IPM ». Ce développement a pu se faire grâce au projet du pôle ORTECH (Outillage Rapide TEChnologie), qui a démarré en 2003 et pris forme en 2007, grâce à un important investissement de la région Grand Est (anciennement Alsace). Le pôle a ainsi pu s’équiper de technologies innovantes et de machines particulièrement onéreuses, comme une imprimante de frittage de poudre polymère et une machine polyjet. Éric Marx, enseignant en sciences industrielles de l'ingénieur option ingénierie-mécanique, et son collègue Abdelhafid Haderbache, enseignant en bac pro technicien outilleur, ont été à l’origine et au développement de ce projet. Au sein du lycée Théodore Deck, la nouvelle filière BTS CPRP (conception des processus de réalisation de produits) propose deux options : unitaire et série, qui mettent en avant des compétences en fabrication additive.

Quelle est la place de la fabrication additive dans vos filières de formation ?

É. M. : Avant, lorsque les étudiants sélectionnaient leurs projets, les jurys freinaient ceux en additive, entre autres, car ils n’étaient pas formés à cette technologie. En clair, ils voulaient de l’usinage. Aujourd’hui, nous avons réussi à intégrer la fabrication additive à la formation initiale et donc à l’amener aux examens. Nous commençons à l’enseigner dès la Seconde, en enseignement d’exploration, sous le nom de « sciences de l’ingénieur ». Il y a un an, mes élèves, très motivés, ont souhaité avoir une petite machine à fil fondu, que l’on a pu acheter en kit. Ce sont eux qui l’ont montée. En BTS CPRP, divers projets sont proposés. Par exemple, les élèves travaillent sur une coque de téléphone portable personnalisable. Ils la réalisent de la conception jusqu’à l’impression par frittage de poudre polymère. Ils sont obligés d’y intégrer une fonctionnalité en plus : une liaison pivot réalisable en fabrication additive, comme une articulation dans la coque pour pouvoir incliner le téléphone pour regarder une vidéo. Les élèves ont une grande liberté de conception et de créativité, tant qu’ils respectent, évidemment, le cahier des charges. En première année de BTS, ils peuvent également travailler sur des bagues en conception libre. En deuxième année, une nouvelle épreuve de « projet collaboratif », dans laquelle nous avons intégré la fabrication additive, est proposée. Les étudiants montent un projet avec d’autres BTS en mécanique, notamment le BTS CPI. Cette année, il a fallu réaliser un couvercle pour un pot à boisson chaude, avec une ouverture, pour y mettre une paille ou un bec verseur. Les élèves devaient réaliser un outillage-prototype de thermoformage en fabrication additive. Actuellement, nous sommes en train de monter un projet avec la communauté des communes du secteur portant sur la réalisation de panneaux pour les malvoyants, avec des essences particulières de pommes de pin. Ce projet de deux ans nécessite un gros travail de retroconception. Nous souhaiterions donc y associer le BTS CPRP et les techniciens outilleurs.

A. H. : Les élèves de seconde, de première et de terminale, en bac pro technicien outilleur, peuvent profiter du pôle ORTECH. En seconde, ils découvrent la technologie avec de petits objets ludiques qu’ils peuvent concevoir, comme des porte-clés. Ils réfléchissent également sur des mécanismes intégrant le soustractif et l’additif. Les élèves plus aguerris, en première et en terminale, travaillent sur des activités importantes de l’outillage, comme la découpe ou le moulage par injection. Ils réalisent des outils de découpe dont les prototypes sont fabriqués par impression 3D, par frittage polymère ou par dépôt de matière fondue. Actuellement, nous travaillons sur des micro-moules fabriqués sur des machines à résines photosensibles, intégrés à un moule métallique. Nous passons donc outre à la partie complexe de l’usinage. 

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Pole ortech lycée Deck pomme de pin A3DM

Les étudiants touchent-ils à tout : les logiciels, les matériaux, les procédés ?

É. M. : Oui, ils voient la chaîne complète. Nous avons investi, il y a un an, dans un logiciel d’optimisation topologique. Ils sont sensibilisés, également, au coût des matériaux et donc à l’importance d’économiser de la matière première.

Une étude de Joblift montre une forte hausse des offres d’emploi dans le domaine de l’impression 3D et de la fabrication additive (des techniciens, des ingénieurs, des commerciaux), mais les postes sont difficilement pourvus. La demande ne répond-elle pas à l’offre ?

É. M. : Il est un peu difficile de répondre à cette question. Je pense, tout d’abord, qu’il y a un besoin criant de main d’œuvre. Dans la fabrication additive, la conception n’est pas la même. Et il manque sûrement, sur le marché, des personnes possédant les compétences pour ces nouvelles manières de concevoir. La technologie est un peu récente et nous avons peu de recul. Mais les employeurs ne sont pas toujours au courant des organismes de formation.

A. H. : Il y a deux ans, l’entreprise Liebherr-Mining nous a contactés car elle souhaitait tester des lames de godet dur d'excavatrices en modèle réduit. Leur fondeur habituel, sur la région parisienne, ne voulait plus fabriquer leurs mini-lames. Ils ont entendu parler du pôle ORTECH et du lycée Deck. Ils nous ont contactés et nous avons travaillé ensemble. Pour la fabrication additive, nous avons dû reprendre leur CAO car elle n’était pas adaptée à la technologie. C’est le genre de transfert de technologie que nous pouvons faire avec les entreprises et les industriels extérieurs. La fabrication additive rentre petit à petit dans la formation.

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