News Mercredi 3 mars 2021 - 10:27

Rencontre avec Alain Bernard, professeur des Universités

Partagez cette news :

rencontre_impression_3D_formation_bernard

Agrégé de génie mécanique, Alain Bernard est professeur des Universités à l’École centrale de Nantes. Il est l’un des acteurs français privilégiés pour parler de la formation en fabrication additive. Rencontre avec un Officier dans l’Ordre des Palmes académiques.

Maître de conférences à l’École centrale Paris dans les années 1990, Alain Bernard est l’un des premiers acteurs français à approcher la fabrication additive. En 1991, il est à l’origine du CREATE (Centre de prototypage Rapide Européen d’Assistance, de Transfert et d’Expérimentation), un des quatre centres techniques – avec le CTTM, le CIRTES et BEL 3D – spécialisés à l'époque dans les technologies de développement rapide de produit, et une des rares structures équipées d’une imprimante SLA (stéréolithographie) dans le monde. À cette même époque, il devient vice-président de l’AFPR (association française du prototypage rapide et de la fabrication additive), devenue, en 2020, France Additive. Depuis le début des années 2000, il développe des activités liées au génie industriel à l’École centrale de Nantes, où il a été également directeur de la Recherche. Il est expert des organismes internationaux et nationaux. Il a publié de nombreux articles et ouvrages scientifiques comme le livre de référence Fabrication additive - Du prototypage rapide à l'impression 3D, réédité en 2020. Il intervient également au sein du comité technique d’A3DM Magazine.

Quels sont les enjeux de la formation en fabrication additive ?

Avant de parler de formation, je pense que le premier enjeu est d’expliquer que la fabrication additive nécessite des compétences particulièrement en termes de conception, de re-conception, d’industrialisation, de réindustrialisation, etc. Les acteurs doivent comprendre que la fabrication additive ne fonctionne pas en appuyant simplement sur un bouton. Elle nécessite des compétences particulières.

Ensuite, les enjeux sont très forts en termes de compréhension des réels besoins et de construction de supports nécessaires et suffisants pour acquérir les bonnes compétences au bon niveau. Aujourd’hui, commence à se dessiner une cartographie nationale des formations ciblées, en fonction des besoins bâtis suite à des besoins d’utilisateurs. C’est-à-dire qu’il y a une rencontre entre le besoin des acteurs et les capacités que les experts ont à enseigner leurs savoirs. Nous sommes sur de la professionnalisation de la formation, de la reconnaissance professionnelle des formations qui sont délivrées comme une vraie plus-value à l’embauche. France Additive s’est placée dans le sillage, en collaboration avec l’Association française de soudage, pour délivrer des certifications européennes qui aient une vraie valeur à l’embauche.

Quelles sont les compétences qui entourent les domaines de la fabrication additive ?

L’une des compétences essentielles est la conception. Si l’on ne sait pas concevoir pour la fabrication additive, on ne tire pas tous les bénéfices de la technologie. Le concepteur a tout dans les mains. Il décide des solutions techniques à prendre en compte ou à adopter. Le triptyque « produit / process / matériau » doit être parfaitement maîtrisé par le concepteur. Nous voyons également des formations « Opérateur machine ». Ce sont des formations nécessaires, mais moins cruciales que la partie « conception ».

Ensuite, il y a les matériaux. Il faut garder le savoir-faire que la France a acquis dans ce domaine. La maîtrise des matériaux est un réel enjeu. Le matériau permet de repousser les limites de l’intégration de fonction sur un produit. Nous devons continuer à former pour alimenter la recherche, à former des personnes qui vont approfondir les connaissances pour repousser les limites de ce que l’on connait en fabrication additive. En France, nous avons d’excellents spécialistes en matériaux : polymère, métallique, céramique... La création du GDR Alma sur la fabrication additive métallique est très intéressante.

À Nantes, nous allons mettre en place une formation de deux jours pour les décideurs. Il faut leur montrer le potentiel et les enjeux de la technologie, ainsi que les attentes en termes d’ouvertures de marché. Les marchés ont besoins des décideurs : les chefs d’entreprises, mais aussi tous ceux qui prennent des décisions d’investissement. Il faut leur montrer les choses. Par exemple, même des personnes qui font de la grande série, ne voient pas aujourd’hui l’intérêt de faire des outillages...  Il faut être vigilant, à l’écoute de la chaîne de valeur, la valeur apportée par la fabrication additive... De nombreux décideurs ont l’envie de franchir le pas, mais ils ne savent pas comment ils doivent faire, quelles sont les compétences nécessaires, etc.

La formation doit-elle être spécialisée ?

Il est possible de spécialiser les personnes. Une société qui voudrait former un ingénieur de bureau d’études pour qu’il sache faire de la conception de moules avec conformal cooling aurait besoin d’une formation spécialisée comprenant la conception, la simulation, la validation, etc. Des formations spécialisées sont à mettre en place. Pour cela, il faut également une dynamique entre personnes de la formation. France Additive, sous la houlette de Jean-Daniel Penot, va essayer de mettre cela en route : de mettre en commun les contenus, les expériences, mais aussi les retours d’expérience.

La formation est un enjeu capital aujourd’hui...

La formation est un enjeu capital des dix prochaines années. Nous devons rendre notre système plus robuste, et pas uniquement avec des officines mercantiles qui proposent des formations, mais également avec des groupes d’intérêts. Il faut aussi mutualiser la formation au plan national, la cartographier avec un calendrier de formation annuel. Cela pourrait déboucher sur une meilleure reconnaissance professionnelle des formations. L’UIMM et d’autres structures travaillent sur des certifications. Il faut juste faire attention qu’il n’y en ait pas trop et qu’elles soient incompatibles entre elles. Il faut des formations qualifiantes et reconnues. Après les fondamentaux, nous créerons des formations à la demande en faisant appel au bon spécialiste dans le domaine. Pour cela, il faut cartographier les compétences.

Dans un article du premier numéro d’A3DM Magazine, paru il y a cinq ans, tu posais les questions suivantes : « Pourquoi ne pas écrire de nouveaux manuels ? Pourquoi ne pas imposer des modules de formation dans tous les cursus universitaires ? ». Où en sommes-nous aujourd’hui?

Je pense que l’horizon est à dix ans. Il faut du temps pour les certifications – cela a été le cas pour imposer les certifications en langue. Aujourd’hui, on stigmatise trop la fabrication additive dans la formation. Il y a des formations initiales, académiques, où l’on enseigne la fabrication additive comme on enseigne le reste. On s’appuie sur des structures types « fablab » ou autres plateformes technologiques. On montre la complémentarité technologique avec les autres procédés. Il y a des écoles qui le font. Maintenant, transformer un système de formation n’est pas simple. Un effort est aussi à faire du côté de la fabrication additive pour être plus accessible. Et la formation n’aura de sens que lorsque le marché se développera. La fabrication additive ne va pas remplacer tout un tas de chaînes de valeur mais elle s’insère ou crée de nouvelles chaînes. Je suis convaincu que la formation en fabrication additive va devenir aussi courante que celles que l’on peut trouver dans d’autres domaines et que l’on aura de plus en plus de formateurs experts dans le domaine.

Contenu Encadré

Puisque vous êtes là...

... nous souhaiterions vous inviter à vous abonner à A3DM Magazine.

A3DM Magazine est la revue papier et digitale de référence en fabrication additive et en impression 3D. (Vous pouvez lire et découvrir les articles dans la rubrique « Magazine » du site A3DM). Pourquoi vous abonner ?

  • Pour accéder à l’ensemble des informations du secteur de la fabrication additive et de l’impression 3D, à des dossiers industriels, à des analyses techniques et des fiches pratiques, à des contenus exclusifs, aux appels d’offres et aux subventions de la Commission européenne, à des leçons d’anglais pour ingénieurs...
  • Pour garantir la liberté de ton et l’exigence professionnelle de la revue.
  • Pour soutenir le secteur de la fabrication additive et de l’impression 3D qui a besoin de médias spécialisés pour promouvoir la technologie, partager les savoirs et savoir-faire, et fédérer la communauté.

 

Je m'abonne

Newsletter

Ne manquez plus aucune info sur la fabrication additive