News Mardi 19 avril 2022 - 15:18

L’EIT Manufacturing, huitième filiale de l’EIT. Rencontre avec Joël Rosenberg.

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Joël Rosenberg a rejoint EIT Manufacturing comme « Directeur du développement France ». Il est chargé de développer l'écosystème d'innovation français au sein de cet organe de l'Union européenne. Il nous présente cette émanation de la Commission européenne, huitième filiale de l’EIT (l’Institut européen pour l’innovation et la technologie), dédiée aux très hautes technologies, au digital et au manufacturing.

Diplômé de l’École Polytechnique, de Sup’Aéro, du MIT, de la SFAF et du CIIA (équivalent européen du diplôme américain d’analyse financière CFA), Joël ROSENBERG commence sa carrière à la DGA comme chargé du développement des systèmes de missiles futurs. Il est rapporteur général, en 1993, des travaux de la Commission présidée par Michel PEBEREAU sur « le capitalisme français du 21e siècle » (à l’Institut de l’Entreprise) et de la commission Henri MARTRE sur « Technologies et armes futures » (à la Fondation pour les Études de Défense). Il rejoint la même année la Compagnie Financière Edmond de Rothschild Banque comme banquier d’affaires : il conseillera l’État pour la création de RFF ou le tandem Lagardère-Daewoo pour la privatisation du groupe Thomson. Il est nommé, en 1996, conseiller innovation du gouvernement du premier ministre Alain JUPPE. Durant ce mandat, il négocie avec la Commission européenne le cinquième programme cadre de R&D, et il met en place, en France, les trois premiers fonds nationaux d’amorçage et les FCPI (Fonds Communs de Placement pour l’Innovation). Il est aussi l’un des fondateurs de l’organisation Croissance Plus qui regroupent les sociétés de forte croissance. En 1997, il rejoint Société Générale AM et créé le département « private equity and ventures » qu’il dirigera jusqu’en 2005. Il rejoint ensuite le ministère de la défense où il sera chargé des montages financiers complexes et des PPP (partenariats public-privé). Il est le collaborateur de Christian Piotre, Secrétaire Général pour l’Administration, et du général Jean-Louis Georgelin, Chef d’État-Major des Armées. Il rejoint ensuite la DGA comme directeur immobilier, puis directeur des études stratégiques et de l’innovation. En 2015, il rédige un rapport sur la fabrication additive qu’il actualisera en 2020. Il anime ensuite les travaux d’Alliance-industrie-du-futur sur l’industrie 4.0. En 2019, il est membre du comité d’investissement de BNP Paribas Développement, il conseille également la société Soladvent et son Président Thierry Lepercq sur le développement d’une offre massive d’hydrogène sur l’Europe de l’ouest et du nord. Le 5 juillet 2021, il a rejoint l’EIT Manufacturing pour développer les activités France de cette organisation qui est une émanation de la Commission européenne dédiée aux très hautes technologies, au digital et au manufacturing.

L’EIT Manufacturing est une communauté d'innovation soutenue par l'Institut européen d'innovation et de technologie (IET). Cet organe de l'Union européenne a pour objectif de croître en Europe et de développer l'écosystème d'innovation dans les différents pays. L’EIT Manufacturing compte cinq grandes régions (CLC), avec des bureaux en Allemagne, en Suède, en Autriche, en Italie et en Espagne, et plus de 65 organisations partenaires, dont des universités, des instituts de recherche et des entreprises. La France fait partie de la région ouest-Europe (CLC West), qui comprend également l'Espagne et le Portugal et dont le siège est situé à Donostia-San Sebastián. EIT Manufacturing West compte actuellement 15 membres, dont les entités françaises Arts et Métiers Paris Tech (Université ENSAM), École Centrale de Nantes, Grenoble INP (Université Grenoble Alpes), CEA, CT-IPC, Fives Group, ESI Group et le regroupement industriel Aerospace Valley, ainsi que plusieurs entreprises participant déjà à ses activités. Pour atteindre cet objectif, l’EIT a annoncé la nomination de Joël Rosenberg au poste de directeur du développement pour la France. Il développe les initiatives de l’IET Manufacturing dans le pays, participe aux programmes-cadres français et veille à ce que l’ensemble des opérations et développements en France reste aligné sur l'agenda stratégique français.

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Joël Rosenberg impression 3D

Pouvez-vous nous présenter l’EIT Manufacturing ?

Né en 2019, l’EIT Manufacturing appartient à l’EIT qui est l’Institut européen pour l’innovation et la technologie. Il s’agit de la huitième filiale, dernière-née, qui est une volonté de la Commission européenne de créé une organisation plus proche des problématiques de terrain et de la vie des entreprises, au contact des acteurs. Celle-ci doit diffuser les meilleurs pratiques et technologies auprès des industriels, dont la fabrication additive est complétement centrale dans l’organisation car elle est un des composants essentiels de la smart industrie. Trois piliers permettent de réaliser ces objectifs.

  1. Innovation. L’EIT cofinance des projets d’innovation par des subventions – en dotation propre – de plusieurs dizaines de millions.
  2. Éducation. L’EIT cofinance, labellise et émet des formations avancées dans le domaine du digital et du manufacturing.
  3. Capital-risque. L’EIT développe une palette de services, y compris financiers pour les entreprises de haute technologie dans les domaines du digital et manufacturing.

Mon rôle est de promouvoir l’EIT Manufacturing, mais aussi d’accompagner les industriels à passer à l’industrie du futur, à digitaliser leur process, à intégrer des ateliers flexibles, intelligents... de manière à être le plus efficace et compétitif possible.

L’EIT Manufacturing est la seule des huit filiales européennes à posséder son siège à Saclay, en France. Aujourd’hui, l’organisation possède soixante-cinq membres européen sept français : Five, ESI Group, l’École des Arts et métiers, les industries du Mont-Blanc ou encore le pôle de compétitivité Aerospace Valley. Il faut être membre pour pouvoir prétendre aux subventions des projets innovants.

En marge du salon Global Industrie, le contrat stratégique de la filière « Solutions Industrie du Futur » (SIF) a justement été signé. Les objectifs sont similaires...

Tout à fait. Le président de Fives, présent à la signature, est d’ailleurs l’un de nos membres. Nous allons essayer de trouver des manières de labelliser des actions communes, éventuellement de partager des financements et d’abonder respectivement nos actions. Cependant, les enjeux de l’EIT Manufacturing se situe à l’échelle de l’Europe et non uniquement de la France.

Quels sont les critères d’entrée à l’EIT Manufacturing ?

Chaque année nous redéfinissons les programmes. Les règles ne sont pas complétement définies pour le call innovation – doté de 50 millions d’euros – que nous allons lancé en 2022. Mais elles seront connues suffisamment en avance pour que les industriels aient le temps de répondre à l’appel à projet. Nous communiquerons sur ces projets et les règles seront définies sur le site eitmanufacturing.eu.

Concernant la fabrication additive, il y a encore beaucoup à faire. Il faut continuer à apporter des financements, faire de la R&D...

Justement, pour en venir à la fabrication additive. Vous avez rédigé un rapport en 2015, que vous avez réactualisé en 2020. Que s’est-il passé durant ces cinq années ?

Il y a tout d’abord eu la prise de conscience de grands industriels qui ont pris, à bras le corps, les problématiques pour les intégrer à leurs process industriels. Par exemple, GE a tout fait pour intégrer la fabrication additive, notamment pour ses moteurs d’avion. Leur partenaire Safran a également décidé d’internaliser la fabrication additive pour en faire un vrai maillon d’une chaîne industrielle. Ces derniers construisent leur usine de fabrication additive pour en sortir une réalité industrielle. D’autres acteurs industriels comme Michelin ont également pris, à bras le corps, la fabrication additive. Tout cela est porteur.

Nous observons également l’arrivé de nouveaux procédés technologiques comme, dans le métallique, le dépôt et la projection de poudres, mais aussi d’autres solutions comme Desktop Metal et le Binder Jetting ou encore HP, devenu, depuis 2015, une solution à part entière. Nous voyons également émerger la technologie WAAM, qui a permis, par exemple, à Naval Group d’ imprimer une hélice de sous-marin.

Que peut-on attendre des décideurs politiques ?

Une prise de conscience ! Les décideurs doivent continuer à financer la R&D avec de l’argent public car il y a matière à développer un certain nombre de filières d'excellence pour avoir une industrie compétitive sur le plan international. Nous avons de grands acteurs industriels qui sont entrés dans ces technologies et il faut les aider à aller le plus loin possible.

Vous avez travaillé dans le secteur de la Défense qui est discret sur son utilisation de la technologie...

Quand j'ai fait mon rapport en 2015, la technologie était totalement inconnue au sein du ministère. À tel point que la seule chose que le ministère a réussi à faire a été de confier une étude à un prestataire qui a produit une revue de presse de presse. C’était très limité et peu ouvert sur la technologie. Ensuite, une unité scientifique au sein de la DGA a réalisé un rapport de meilleure facture, mais le ministère commençait juste à entendre parler de cette technologie. Aujourd'hui, la révolution qui arrive à la Défense est de faire des pièces détachées pour la maintenance. La Défense a commencé à comprendre tout le potentiel que la technologie peut avoir et commence à acheter des machines et à fabriquer des pièces. Les armées commencent à s’équiper de fermes d’imprimantes que ce soit pour les services spéciaux ou pour les besoins des forces terrestres, navales ou aéronautiques, ou pour le service de santé des armées.  Bien évidemment, il y a des enjeux de propriété intellectuelle qui seront adressés.

Les synergies sont-elles les mêmes entre les différents corps d’armée ?

Chacun commence à apprendre. Et au fur et à mesure que les savoirs vont s’acquérir, ils vont être partagés. Il y aura des échanges et des retours d'expérience des uns des autres. Les armées vont apprendre en évaluant ce qu’ils font, en faisant des essais qui se passeront bien ou moins bien... mais elles vont apprendre très vite.

Puisque vous êtes là...

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