News Lundi 21 février 2022 - 18:50

Les femmes dans les sciences et technologies : le futur de l’industrie ?

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La place des femmes au sein de l’industrie reste faible et les freins auxquels elles font face sont nombreux. Pourtant, redynamiser les filières scientifiques grâce aux femmes est un outil politique et académique. C’est aussi un choix...

Dans un contexte de révolution numérique et écologique, doublée d’une crise sanitaire sans précédent, l’Europe pose des choix technologiques et prend des risques pour faire émerger de nouveaux champions. Elle entend assurer un continuum entre l’idée, la création de valeur et l’impact, et devenir la championne de l’innovation de rupture ! 

Rappelons le sens donné à cette expression par son inventeur, Clayton Christensen, professeur à la Harvard Business School et éminent théoricien du management. Il qualifie de « rupture » tout changement profond dans un environnement qui redéfinit les règles du jeu. Un sujet des plus actuels !

Il s’agit donc pour l’Europe en général, et la France en particulier, de faciliter le passage de la recherche fondamentale à son transfert dans l’économie. Pour augmenter les chances de réussite, de nouveaux financements à l’innovation sont accessibles, par exemple, via l’agence franco-allemande Joint European Disruptive Initiative (JEDI) – un acronyme inspirant ! – créée sur le modèle de la DARPA américaine. Doté d’un milliard d’euros par an, ce collectif de quatre-vingts grands groupes et organismes de recherche vise à structurer la capacité d'innovation de l'Europe dans des secteurs aussi stratégiques que l'hydrogène, la cybersécurité, la physique quantique, la conquête spatiale, etc.

Des choix politiques sont nécessaires afin de redynamiser les flux vers les filières scientifiques. Des solutions existent, comme l’augmentation du nombre d’élèves diplômés de fin d’études secondaires, la diminution des sorties sans qualifications et de l’illettrisme, le développement de la formation tout au long de la vie…, mais aussi l’augmentation d’au moins 15 % des flux vers les études scientifiques et technologiques (S&T) et la réduction du déséquilibre homme/femme dans ces domaines.

Quelle place occupent les femmes dans les sciences & technologies en Europe et en France ?

Selon la direction générale de la Commission européenne chargée de l'information statistique à l'échelle communautaire, Eurostat, l’Union européenne (alors à 27 membres) comptait, en 2019, plus de 6,3 millions de femmes dans le domaine des sciences et de l'ingénierie, soit environ 41 % de l'emploi total. Ce chiffre connaît, cependant, de fortes disparités d'un pays à l'autre. Ainsi, les femmes sont majoritaires dans des pays comme la Norvège (55 %), la Lituanie (55 %) et le Danemark (52 %), alors que la part peut chuter au tiers (et même en dessous) en Allemagne (33 %), en Finlande (31 %) et au Luxembourg (28 %).

La France se situe, quant à elle, dans la moyenne de l’Union européenne, avec près de 42 % de femmes scientifiques et ingénieurs en 2019. Sur une échelle plus « macro », la proportion diffère également beaucoup selon les régions. En France, la représentation des femmes va de 33 % en Pays de la Loire à 49 % en Normandie. L’Île-de-France se situe juste en dessous de la moyenne nationale (environ 40 %).

En revanche, les chiffres de la représentation féminine chutent drastiquement dans les filières technologiques, à 23,4 % en France pour une moyenne européenne d’à peine 20,1 %. La France connaîtnéanmoins une féminisation lente, mais constante, avec par exemple une augmentation de huit points de la part des filles parmi l’effectif des élèves ingénieurs entre 1990 et 2016, passant de 19,9 % à 28 %. Mais leur proportion stagne depuis 2011 !

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Les femmes et la fabrication additive

Pourquoi ce décalage entre les genres dans la tech ?  

Sans doute en raison des stéréotypes attribués à certaines filières, les filles ne vont pas spontanément vers les formations scientifiques et technologiques dites « masculines ». Elles doutent de leurs capacités à s’intégrer dans des formations où les garçons sont plus nombreux, et elles s’autocensurent. Dans l’enseignement supérieur, c’est dans les BTS et les DUT que le poids des stéréotypes est le plus accentué.Même si les sections de techniciens supérieurs de production voient arriver de plus en plus de filles, elles ne sont toujours qu’à peine un quart dans ces filières courtes. D’une manière générale, les filles se dirigent vers les filières du soin et des services, et les garçons vers les formations davantage en lien avec la production et les machines.

Dans ce contexte, le monde de l’enseignement doit accentuer son effort pour sensibiliser les filles aux différents types d’enseignements technologiques ou scientifiques, mais aussi encourager le recrutement d’enseignantes dans ces domaines pour garantir une meilleure représentativité. 

Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi, rappelez-vous  

Les femmes étaient présentes à parité dans un secteur de pointe dans les années 1960 et 1970 ! Si l’on considère que le numérique, aujourd’hui omniprésent dans nos vies, est autant porteur de renouveau pour l’industrie, beaucoup ignorent que certaines des plus grandes avancées en la matière sont dues à des femmes, des pionnières : le premier programme informatique avec Ada Lovelace au XIXe siècle, le premier langage de programmation avec Grace Hopper en 1959, ou encore Anita Borg dans les années 1980, spécialiste de l’analyse mémorielle haute vitesse utilisée par nos incontournables « courriels » ! Depuis, l’industrie du matériel et du logiciel informatique est devenue une affaire d’hommes, dont les femmes sont progressivement écartées.  

Bien plus que des associations féminines – voire féministes –, nous avons besoin de modèles et de mentors féminins pour embarquer les filles dans les filières S&T, leur ouvrir la voie et leur permettre d’exprimer pleinement leurs talents dans l’industrie.

Quelles opportunités demain pour les femmes de la tech ? 

Aujourd’hui, la proportion d’étudiantes dans les filières du numérique est inférieure à 15 % et ne cesse de diminuer, alors même que ce sont les diplômés de cette spécialisation qui bénéficient des meilleures conditions d’insertion sur le marché du travail, avec 79 % de diplômés en informatique en CDI (contre une moyenne de 50 % pour tous les diplômés en France). Les données partagées par le Syntec Numérique confirment que les femmes restent sous-représentées, avec 27,1 % des effectifs dans le secteur du numérique (fonctions support comprises). Pourtant, une présence accrue des femmes dans le numérique pourrait faire augmenter de 9 milliards le PNB de l’Union européenne chaque année !

Selon certaines prévisions, 85 % des métiers du numérique n’existent pas encore. Au-delà des aspects techniques de production, de nombreux métiers support seront à pourvoir notamment afin d’anticiper les effets rebonds du numérique et veiller à ce qu’il ne compense pas seulement sa propre empreinte carbone, mais génère bien un impact positif sur l’environnement.

Les technologies de fabrication additive, au cœur de l’industrie du futur ou 4.0, ne cessent d’évoluer et vont se déployer à moyen et long terme dans toute l’industrie. Elles font appel à plusieurs compétences dans différentes spécialités et devraient séduire autant les étudiantes que les femmes déjà en activité, car elles supposent avant tout une approche systémique. De nature transverse et pluridisciplinaire, elles représentent un véritable vecteur de transformation et de coordination par le « faire ». Et surtout, elles font converger transition numérique et transition écologique, à travers de nouveaux outils d’écoconception et l’adoption de nouvelles pratiques.

Des opportunités bien réelles se présentent donc aux femmes afin d’exprimer leur créativité et leurs talents dans l’industrie, y compris celle de développer leur esprit d’entreprendre ! Selon Women in Tech, seulement 1,9 % des investissements réalisés par les fonds ont été versés, en 2017, à des startupeuses. Mais les lignes bougent. Dans l’Hexagone, une dizaine de fonds s’engagent (en dehors de simples visées marketing) à soutenir des projets pour les femmes ou dirigés et financés par celles-ci.

 

Quel(s) rôle(s) les femmes ont-elles à jouer ?

Dans le cadre d’une organisation qui mise sur l’intelligence collective, en équipe mixte et pluridisciplinaire, elles mettent de la constance et de la minutie dans chacune de leurs spécialités. Elles semblent particulièrement disposées à travailler en mode projet et à fédérer. Qu’il s’agisse d’un contrat de recherche, d’un projet collaboratif ou d’un projet structurant d’entreprise, elles le mèneront avec autant de professionnalisme et de passion pour le bien collectif !

En apportant un autre point de vue, les femmes enrichissent nos organisations et permettent de faire évoluer les modèles. Sans doute ont-elles un rôle à jouer pour que la tech ne rime pas avec technocratie, pour que les experts ne confisquent pas le pouvoir mais partagent le savoir et participent à une culture commune entre les acteurs du numérique et ceux de l’écologie.

La parité n’est sans doute pas le problème, car les femmes ont la capacité de dépasser les freins culturels si on leur montre qu’on a besoin d’elles dans l’industrie. Mettre la science et les innovations technologiques au service de la transition écologique nécessite l’engagement de toutes et tous !

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