News Mardi 23 février 2021 - 16:30

Rencontre avec Philippe Vannerot, au cœur du programme de formation chez AddUp

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Après un début de carrière en tant que responsable procédés et méthodes d’industrialisation dans le plastique et le caoutchouc, Philippe Vannerot découvre la fabrication additive au cours d’un voyage en Allemagne. Il crée alors sa société 3A, spécialisée dans la fabrication additive par faisceau d’électrons (EBM). Avec sa société, il remporte plusieurs récompenses dont un trophée des Assises Européennes de la Fabrication Additive dans la catégorie meilleur développement avec les premières pièces de série en aviation d’affaire, un prix Talent INPI et le prix ENIM 2015. En 2014, Philippe Vannerot devient vice-président de l’association France Additive – alors nommée Association Française de Prototypage Rapide et de Fabrication Additive (AFPR). Après l’acquisition de sa société 3A par l’industriel Michelin, Philippe Vannerot intègre la joint-venture AddUp en tant que Senior Pre-Sales Manager. Il travaillera successivement comme Senior Consultant, puis comme Business Development Manager puis Account Manager pour les marchés académiques et la R&D. Rencontre avec Philippe Vannerot pour cette nouvelle série d’interviews dédiée à la formation en fabrication additive.

Quels sont les enjeux autour de la formation à la fabrication additive ?

Pour moi, la première question est : pourquoi la fabrication additive existe-t-elle ? Après avoir créé le buzz économique dans la fin des années 2000 cette technologie s'est développée car elle doit permettre de concevoir de nouvelles choses que les moyens de production traditionnels ne permettent pas de faire. Elle est un outil phare de la quatrième révolution industrielle. Ensuite, elle permet de produire au plus près du besoin, sans dépenser plus de matériau qu'il n'en faut et répond ainsi au défi environnemental de notre époque. Cette technologie est également un outil de souveraineté industrielle. Grâce à elle, il est désormais possible de relocaliser nos usines et de produire en France. Mais pour pouvoir répondre à ces défis industriels, environnementaux, sociétaux et commerciaux, il faut avant tout savoir l'utiliser. La fabrication additive va prendre de plus en plus d'importance et il faut que la formation suive. Aujourd'hui, une maison peut être construite en seulement quelques semaines mois grâce à cette technologie versus quelques mois en traditionnel. Le paradigme a changé, il faut donc former.

Comment forme-t-on à la fabrication additive aujourd'hui ?

Par exemple AddUp, une joint-venture entre Michelin et Fives, spécialiste de la fabrication additive métallique, a investi dans un programme complet de formation pour accompagner ses clients avec notamment l’AddUp Academy, où sont publiées des dizaines heures de formations dont une partie est gratuite et accessible à tous. Ces formations distancielles, constituant un véritable socle de base, peuvent être efficacement complétées par d’autres en présentielles, voire par du conseil.

De manière plus générale, plusieurs organismes de formations existent. Certaines disposent de cours de qualité alors que d'autres profitent d’un marché florissant. Pour ce qui est des formations académiques, de plus en plus d'écoles et d'universités commencent à former leurs élèves à cette technologie. Elle est d'ailleurs au programme jusqu'à la troisième où les élèves sont formés sur des machines filaires. Ensuite, il faut attendre les études supérieures, après le bac en général voire bac +5. Il est important pour une utilisation efficace que les utilisateurs soient formés, voire accompagnés et conseillés, par des professionnels reconnus comme le font déjà pour leurs propres équipements les fabricants de machine. Pour garantir la qualité de ces formations une certification européenne est en cours d’élaboration, un de mes collègues de France Additive vous en dira plus (lire l’interview de Jean-Daniel Penot, monsieur formation de France Additive).

Comment jugez-vous l'état de la formation à la fabrication additive aujourd'hui, en France ?

Elle n'est pas encore assez répandue et trop inégale. Certaines entreprises ont compris très tôt que cette technologie était essentielle pour l'industrie et s'y sont formées. Mais, d'autres sont encore assez frileuses à son sujet. Certains programmes ont été mis en place pour enclencher le mouvement comme 3D-Start PME en 2017, mais leurs impacts restent modérés. La technologie, toutefois, se démocratise doucement. Plusieurs lycées installent des fablabs (laboratoires de fabrication) dans leurs locaux. La fabrication additive commence à entrer dans les mœurs… L'impression 3D est une technologie transverse qui touche tous les secteurs, donc elle finira par s'imposer.

Qu'est-ce qui peut expliquer que la fabrication additive ait tant de mal à s'installer en France ?

La fabrication additive est une technologie contre-intuitive pour ceux qui ont, depuis toujours, produit grâce aux technologies traditionnelles soustractives. Il est plus simple d'intégrer le soustractif aux équipes utilisant déjà l'additif que l'inverse. En France, la méthode de production traditionnelle repose sur l'ingénierie séquentielle. C’est-à-dire que le produit passe tour à tour dans les mains de chaque équipe, puis retourne aux ingénieurs. Pour utiliser la fabrication additive à son plein potentiel, il faudrait que les entreprises adoptent un système d'ingénierie simultanée, que l'on appelle également « concourante ». Toutes les équipes travaillent en même temps sur le produit. Cette forme d'ingénierie est enseignée dans les écoles, mais rapidement oubliée une fois dans le monde du travail. Une autre barrière est celle du prix de l’investissement en équipements de travail qui entraîne de facto une difficulté d’identification de business cases rentables.

Comment devient-on un professionnel de la fabrication additive ?

Beaucoup de chemin mènent à la fabrication additive. Il ne faut pas oublier que l'impression 3D ne se résume pas à l'utilisation ou la fabrication des machines. La fabrication additive est une technologie transverse, elle est utilisée dans la mode, l'architecture, l'automobile, l'aérospatial, la construction, l'énergie, et l’industrie qui inclue les outillages… Toutes les professions peuvent toucher de près ou de loin à la fabrication additive, donc en théorie, toutes les formations devraient pouvoir mener à cette technologie. Il ne faut pas oublier les matériaux, la chimie fait partie intégrante des professions de la fabrication additive tout comme la métallurgie pour les poudres métalliques. Il ne faut pas oublier que l’on crée le matériau en même temps que sa forme.

N'importe qui peut donc se former à la fabrication additive ?

N'importe qui, à partir du moment où il est ouvert d'esprit. La fabrication additive n'est pas quelque chose de facile à aborder lorsque l'on a passé sa vie à faire autrement. La formation aux procédés soustractifs sclérose l'esprit et rejette a fortiori la fabrication additive. Elle nécessite de désapprendre, en partie, ce que l'individu a appris, ce qui est extrêmement compliqué.

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