News Vendredi 22 mai 2020 - 08:32

Relocalisation, économie distribuée et digital

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Simplification des flux logistiques, capture renforcée de la valeur, proximité client pour une meilleure réactivité, digitalisation et automatisation, incitations régionales, patriotisme entrepreneurial, esprit maker des milleniums, montée en puissance de la fabrication additive et agile… Depuis quelques années, les motifs de relocalisation forment une liste de plus en plus longue dans chaque pays.

Le Covid-19 a ajouté une nouvelle dimension : la santé publique. Et il ne l’a pas fait pas à demi-mots, en déclenchant une vague de confinement mondiale, une fermeture quasi immédiate de pans entiers de l’économie, touchant sans distinction, sans frontières, sans limites d’âges ni de classes sociales. 

Cette fulgurante pandémie est le reflet de notre civilisation : tout va vite, tout circule, nulle frontière ne protège. Certains peuvent le voir négativement et appuyer sur les peurs. Après avoir prôné leurs fermetures aux personnes physiques, voilà que les mêmes voix réclament de l’appliquer pour les biens et les services.

L’Histoire politique, sociale et économique a démontré que ce ne sont pas toujours des voies pertinentes pour le bien-être de l’Humanité. Le repli sur soi est souvent provisoire et destructeur de valeur. Après une telle épreuve en ce début 2020, il est illusoire de lutter contre cette lame de fond poussant vers le communautarisme et les relocalisations. Il est en revanche possible de l’influencer, de la positionner dans un cercle vertueux… si tant est que l’on cherche au préalable à la comprendre.

Le Covid-19 a accéléré plusieurs dynamiques : l’îlotisation, le développement durable, la digitalisation. Premier vent favorable, l’îlotisation. Le cabinet de conseil en stratégie KEARNEY le décrit ainsi : « un environnement opérationnel mondial caractérisé par un retour de la géopolitique, une incertitude macroéconomique persistante, un nationalisme et un protectionnisme accrus, et une préférence pour les biens, services et cultures locaux. Le Covid-19 provoque des changements qui auront un impact sur tous les secteurs des affaires. Ces effets risquent de se prolonger et peuvent persister bien après la disparition du virus. » Le phénomène n’est pas nouveau. En France, la DGCIS — Direction générale de la compétitivité des industries et des services — étudiait déjà le rapatriement de nos entreprises en 2014. « Trois logiques économiques différentes sont à l’origine des relocalisations : l’optimisation internationale de la localisation d’activité à haute valeur ajoutée, la prise en compte après délocalisation de l’ensemble des coûts au lieu du seul coût du travail, et enfin le choix d’une montée en gamme après une phase de lancement dans un pays à bas coût. Résultant d’un calcul économique des entreprises, les relocalisations sont compatibles avec une économie ouverte et, à “qualité” constante, ne renchérissent pas la consommation des ménages. »

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Seconde dynamique : le développement durableAu Royaume-Uni, Bill Etherington l’évoque de la façon suivante :« La notion de développement durable a pour la première fois été au centre de l’attention au Sommet de la Terre de Rio en 1992, à la suite duquel elle s’est rapidement répandue et a favorisé une prise de conscience accrue des grands problèmes écologiques et des disparités internationales. Ce sommet a permis de reconnaître l’existence de défis et de problèmes communs à l’ensemble de la planète, et a essayé de définir les cas dans lesquels une responsabilité commune pouvait être établie : l’environnement, la santé, le commerce et la pauvreté. Il a également mis en évidence les liens existant entre la mondialisation, les risques à l’échelle planétaire et les responsabilités communes pour lesquelles une action concertée de la communauté internationale est nécessaire. » Son analyse synthétise bien la complexité de la situation : certes, la mondialisation présente une face négative, mais elle est aussi une réponse aux grands enjeux sociaux et écologiques. 

Troisième dynamique : la digitalisation de l’industrie manufacturière et des services. De nouveau, les frontières politiques n’ont plus de sens. Les réseaux sociaux relient les individus en temps réel. Les FinTechs ébranlent les marchés financiers régulés. Les salariés ont un accès immédiat et sans limites à l’information… bien au-delà des capacités de leur système de gestion ERP bien délimité. Hervé Liotaud de Sailpoint invite même à « une nouvelle gouvernance des identités, étendues au numérique, pour prendre en compte les utilisateurs, les applications et les données. »

Les processus industriels établis sont également bousculés. Bpifrance nous éclaire en synthèse : « Sans forcément recourir à une boule de cristal, on peut affirmer que l’entreprise du futur sera plus respectueuse de son impact environnemental et sociétal. Plus ouverte, ses frontières s’estomperont entre elle et ses clients, entre elle et ses partenaires (start-up, écoles, etc.), mais aussi entre elle et ses collaborateurs. De nombreuses technologies et innovations, comme l’impression 3D, accompagnent cette transformation des métiers et des organisations. [...] L’imprimante 3D ne manque pas d’atouts. Son utilisation offre la possibilité de limiter l’usage des ressources en réduisant le taux de déchets, ce qui limite l’impact environnemental. Elle permet également de relocaliser la production en France, ce qui en fait l’un des visages du travail et des entreprises de demain, dans des proportions qu’il est encore difficile de prévoir, mais impossibles à ignorer. »

Ces trois dynamiques ne s’arrêtent pas aux frontières tracées par les hommes. Toute solution pertinente doit ainsi s’en affranchir. Plutôt que mondialisation ou relocalisation, à forte connotation géopolitique, une autre voie monte en puissance. L’écrivain Houellebecq a remis à l’ordre du jour un concept philosophique, le distributisme. Dans son livre La Carte et le territoire, il fait référence à la philosophie économique de Chesterton : « On a du mal à imaginer aujourd’hui la richesse de la réflexion politique de cette époque [fin XIXe — début XXe]. Chesterton a rendu hommage à William Morris dans Le Retour de Don Quichotte. C’est un curieux roman, dans lequel il imagine une révolution basée sur le retour à l’artisanat et au christianisme médiéval se répandant peu à peu dans les îles britanniques, supplantant les autres mouvements ouvriers, socialistes et marxistes, et conduisant à l’abandon du système de production industrielle au profit de communautés artisanales et agraires. »

Jeremy Rifkin, conseiller des gouvernements chinois et de l’Union européenne rejette les structures centralisées et verticales héritées du XXe siècle. Il appelle les États à favoriser l’émergence d’une économie distribuée et collaborative portée par les outils digitaux. Le seul moyen selon lui d’enrayer la baisse de la croissance et « renouer avec un cycle de prospérité ». L’économie distribuée apparait ainsi comme une piste solide, à même de concilier relocalisation et dynamiques évoquées précédemment : changeons nos KPI’s, pensons local, avec une production des biens et des services aux plus proches de leur destination. Quelques exemples sont déjà en œuvre : un fabricant d’électroménager a mis en ligne un catalogue d’objets 3D pour lutter contre l’obsolescence de ses produits, un opérateur ferroviaire imprime à la demande des pièces en 3D sur ses dépôts, des chirurgiens prescrivent des prothèses imprimées sur mesure…

Pour assurer le lien avec productivité et traçabilité entre les grands donneurs d’ordres — publics ou privés — et les indépendants/PME/PMI, des solutions digitales existent : les places de marché interentreprises — communément appelées « Marketplace B2B ». Elles ont émergé ces dernières années, dans la foulée de celles adressant les consommateurs. Imaginées par des start-up ou lancées par des Groupes, elles innovent et défrichent de nouveaux marchés. Comme annoncé par le magazine Capital, c’est dans cette dernière catégorie que se positionne Dassault Systèmes, avec une famille de trois Marketplaces complémentaires au sein de la 3DExperience® : le catalogue de pièces et composants PartSupply, l’ingénierie à la demande avec Engineering, la fabrication industrielle à la demande avec Make. Une de leur particularité réside dans leur dissémination dans l’entreprise, au plus près des acteurs métiers. Ils peuvent ainsi collaborer avec les fournisseurs locaux dès la phase de conception, en immersion dans le logiciel de design. Vous pouvez aussi rejoindre des réseaux comme par exemple celui de l’Entreprise du futur qui maille le territoire. 

Les dynamiques sont favorables, des solutions sont disponibles, nous vous invitons ainsi à oser et passer à l’action. Morgan Friedman écrivait dans son livre Capitalisme et liberté : « Les grandes avancées de la civilisation, que ce soit dans l’architecture ou dans la peinture, la science ou la littérature, l’industrie ou l’agriculture, ne sont jamais nées de l’intervention d’un gouvernement centralisé ». En d’autres mots, n’attendons pas de miracles étatiques éventuels, c’est à chacun d’entre nous d’être acteur du changement.

En optant pour une économie distribuée facilitée par le digital, un nouveau cycle de développement économique prospère, juste et durable est possible.

  • Donneurs d’ordres issus du secteur public, des grands groupes, des PME et des PMI, ne soyez pas attentistes. En modifiant vos pratiques d’achat et avec l’aide du digital, vous avez la chance d’agir et de déclencher un effet viral en mesure de relancer l’économie à court terme. 
  • Sociétés de services, PME, PMI : déclarez votre expertise et vos capacités techniques sur les réseaux sociaux ou les marketplaces. Votre visibilité sera renforcée et vous serez en mesure d’être identifié rapidement par les donneurs d’ordres.

Par Christophe Eschenbrenner et Benoit Schildknecht

Contenu Encadré

Les auteurs de l’article

Christophe Eschenbrenner travaille chez Dassault Systèmes en tant que 3DExperience Marketplace Enterprise sales manager. Il est également membre bénévole du comité directeur de l’Association Française de Prototypage Rapide et Fabrication Additive (AFPR).

Benoit Schildknecht travaille également chez Dassault Systèmes, en tant que 3DExperience Marketplace Business Growth director.

Pour les contacter : marketplace.make @3ds.com

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