News Mardi 6 novembre 2018 - 09:08

Rencontre avec Anne-Charlotte Fredenucci, Présidente du groupe AMETRA

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Diplômée de l’ESSEC, en 1998, Anne-Charlotte Fredenucci débute chez Bain & Company, à Paris pour diverses missions de conseil en stratégie en France et en Europe, avant de rejoindre le bureau de Londres de Viant. En 2001, elle rejoint le groupe familial AMETRA (ex Deroure) avant d’en prendre la présidence, en 2009. Depuis 40 ans, l’entreprise s’adresse aux grands donneurs d’ordre de l’aéronautique, de la défense, du nucléaire, du naval, du ferroviaire et du médical, pour concevoir et intégrer des pièces et sous-systèmes mécaniques, électriques et électroniques.

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Anne-Charlotte Fredenucci a mis en place une stratégie de rapprochement des deux filiales, Anjou Electronique et AMETRA, pour monter en gamme et proposer des prestations globales à engagement de résultat, de l’étude à la réalisation, sur fond de modernisation des process internes. En 2013, l’entreprise sort du plan de sauvegarde, trois ans avant son terme. Elle réalise un chiffre d’affaires historique de 30 millions d’euros. En 2015, la filiale Anjou Electronique remporte le Trophée de « la Meilleure Usine » décerné par la revue l’Usine Nouvelle. En 2017, le groupe Deroure change de nom pour devenir « groupe AMETRA » et renforce l’intégration de ses deux branches, ingénierie et fabrication, pour former une seule ETI proposant des work packagescohérents sous une même direction qualité, commerciale et générale. Pour accompagner cette mutation stratégique, AMETRA rejoint le programme accélérateur PME/ETI de BPI avec le GIFAS. Aujourd’hui, le groupe qui a rejoint le mouvement French Fab enregistre une croissance à deux chiffres, emploie près de 700 salariés pour un chiffre d’affaires de 50 millions d’euros.

Qu’est-ce que l’industrie 4.0 et comment peut-elle profiter aux entreprises françaises ? 

La révolution numérique en cours, en France, touche naturellement l’industrie. Ces nouvelles technologies sont une opportunité à saisir pour réinventer notre activité et répondre aux défis de demain avec des contraintes industrielles qui obligent les PME à plus de flexibilité et de rapidité, tout en gardant en ligne de mire la maîtrise des coûts et le bien-être des compagnons. Cette transformation est d’ailleurs encouragée par les pouvoirs publics qui incitent à passer à la vitesse supérieure, avec notamment un investissement de 500 millions d’euros pour accompagner les PME vers cette mise à jour numérique. Quand on parle d’innovation, on pense souvent aux grands groupes de l’industrie. À tort, les PME ont un rôle à jouer pour accroître la compétitivité du secteur.

Parler « d’industrie 4.0 », c’est aborder la transition digitale mais aussi le développement de la responsabilité sociétale des entreprises, la conquête de nouveaux marchés à l’international ou encore l’attractivité du secteur auprès des jeunes talents. L’innovation ne se traduit pas seulement dans les outils, mais aussi dans notre capacité à recruter et former. AMETRA est notamment partenaire du Pôle Emploi afin de donner à des demandeurs d’emplois des formations qualifiantes en interne et apprendre un savoir-faire unique pour apporter une plus-value à notre industrie.

Comment les industries et les entreprises peuvent-elles passer aux technologies du futur ?

Une transformation doit émaner de la volonté des dirigeants, parfois frileux face au changement, et venir aussi du terrain, des compagnons. Cette transformation digitale n’a pas à être brutale, couteuse ou révolutionnaire : une approche incrémentale de l’usine 4.0 apporte des résultats rapides, qui permettent de construire la confiance des équipes et des clients pour, éventuellement, passer aux étapes suivantes. Toutes les entreprises sont concernées par la digitalisation, mais le rythme et le coût de cette transformation doivent être adaptés de façon pragmatique. Dans tous les cas, l’implémentation du digital dans notre manière de travailler est un élément indispensable pour rester compétitif à l’échelle mondiale.

Chez AMETRA, 2018 constitue une année charnière pour le développement de l’industrie 4.0 dans les ateliers de notre filiale Anjou Electronique avec l’utilisation de l’impression 3D pour l’outillage, la continuité numérique des études au prototypage, le déploiement d’écrans plats sur les postes dans l’atelier et l’objectif zéro papier… Ce sont les premières briques de la digitalisation. Cette année, nous avons également créé AMETRA Research, un centre dédié à l’innovation piloté par des docteurs afin d’anticiper les innovations. 

Où se place la fabrication additive dans l’industrie 4.0 ?

Parmi les technologies 3D les plus innovantes pour l’industrie, l’impression fait office de figure de proue.Pour réaliser des gains de productivité et de compétitivité, il n’est plus forcément nécessaire de maîtriser la fabrication de pièces entrant dans le produit fini, notamment si ce changement implique une certification lourde et couteuse du nouveau produit. Par exemple, nous fabriquons au sein du groupe un harnais électrique pour le secteur aéronautique. Ce dernier inclut des connecteurs. Nous avons besoin d’un connecteur antagoniste sur lequel « brancher » le connecteur du harnais pour vérifier que la fabrication est correcte. Avec l’impression 3D, il est possible de partir de ce connecteur pour réaliser l’empreinte de l’antagoniste, l’imprimer avec moins de matière, sur place et à coûts maîtrisés.

L'aéronautique, le spatial, le ferroviaire ou le médical apparaissent comme des secteurs propices à la fabrication additive. Le marché de l'impression 3D devrait atteindre 32,78 milliards de dollars d'ici 2023, avec un taux de croissance annuel de 25,76 % entre 2017 et 2023 (étude MarketsandMarkets). Une prévision qui montre bien tout le potentiel de ces technologies.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous aux PME et ETI pour intégrer (ou sous-traiter) la fabrication additive ?

Certaines entreprises industrielles achètent ou fabriquent des pièces imprimées en 3D pour les insérer dans des systèmes embarqués dans les avions ou les satellites, dans les équipements médicaux… Chez AMETRA, bien que la fabrication de pièces, additives ou conventionnelle, ne soit pas notre cœur de métier, nous pouvons utiliser cette technologie en support de notre activité. En effet, la fabrication additive réduit le temps de production et améliore notre efficacité opérationnelle. C’est à la fois un gain de temps et d’argent considérable.

Globalement, sur le marché industriel, il arrive fréquemment qu’un problème de niveau de maturité technologique se pose, lorsqu’un centre de recherche ou une startup spécialisée développe une technologie avancée par exemple. Dans ce cadre, les PME et ETI ont tout à gagner à nouer des partenariats, que cela concerne l’impression ou d’autres usages de la 3D. 

Vous êtes membre du programme « Accélérateur PME/ETI » de la BPI et du GIFAS. Pouvez-vous nous présenter celui-ci ?

Le groupe AMETRA est membre du programme « Accélérateur PME/ETI » de la BPI et du GIFAS, spécifiquement dédié aux ETI et PME de la filière aéronautique. La première promotion du programme réunit 60 entreprises volontaires. Le programme a pour objectif d’encourager toutes les PME et ETI à accélérer leur croissance. L’un des thèmes abordés est la compréhension de l’innovation au service de la stratégie globale. Une attente de la part des grands donneurs d’ordres de la filière. C’est une belle occasion de renforcer la filière aéronautique française par un élan collectif et de rester compétitif à l’échelle mondiale.

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