News Mercredi 17 février 2021 - 11:36

Rencontre avec Jean-Daniel Penot, monsieur formation de France Additive

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Rencontre avec Jean-Daniel Penot

Ingénieur et docteur en physique des matériaux, Jean-Daniel Penot a travaillé pendant 12 ans au sein du CEA dans le domaine des matériaux et des procédés. Expert du CEA en fabrication additive jusqu’en 2019, ses travaux de R&D ont permis le dépôt de plus de 25 brevets, tout en pilotant des projets de recherche en partenariat avec nombre d’industriels français et internationaux. Il a été à l’un des fondateurs de la plateforme Additive Factory Hub, située à Saclay en banlieue parisienne. Jean-Daniel Penot a, par ailleurs, expertisé des projets de recherche en impression 3D pour les instituts Carnot, et demeure membre du groupe fabrication additive de la COFREND.

Aujourd'hui responsable fabrication additive au Campus d'enseignement supérieur et de formation professionnelle CESI, Jean-Daniel Penot y dirige les activités de formation, recherche et accompagnement industriel. Il est également membre du bureau de France Additive, ouvrant à la dissémination de la fabrication additive en France. Il y préside le comité français pour la qualification internationale IAMQS dispensée par la fédération européenne du soudage (EWF).

Quels sont les enjeux autour de la formation en fabrication additive ?

La tendance, aujourd'hui, sur le marché est à la diversification des activités en fabrication additive. Hier, ce marché concernait principalement les makers et le prototypage de pièces métalliques pour les applications à haute valeur ajoutée. Aujourd'hui, il touche pratiquement tous les secteurs. Le médical, le luxe ou encore la construction utilisent de plus en plus cette technologie… De nombreux secteurs commencent à avoir besoin de compétence en fabrication additive. Cette démocratisation de la technologie entraîne donc une demande grandissante de personnel qualifié en lien avec ces nouvelles adoptions de la technologie. Le dirigeant intéressé par la fabrication additive a donc trois choix : recruter des personnes expérimentées, former ses équipes grâce à la formation professionnelle ou des consultants ou bien recruter des personnels formés. Pour les deux dernières options, il faut former.

Quels sont les besoins en formation ?

Les besoins en formation sont donnés par le tissu industriel. Aujourd'hui, l'observatoire européen chargé d’analyser les profils recherchés en fabrication additive annonce que ceux-ci sont très spécialisés en conception et simulation numérique (design for additive manufacturing), en ingénierie des procédés, en management, avec des connaissance dans la chaîne de valeurs, ou encore des spécialistes du contrôle ou des opérateurs. Cet organisme montre aussi le besoin en formation des fonctions supports comme les relations humaines ou le service commercial. Le personnel doit être capable d'intégrer cette technologie dans l'entreprise. Ces observations sont vraies pour les grands groupes, mais aussi ppur les TPE / PME et les entreprises néo-entrantes (qui adopte la technologie) qui recherchent en général des profils plus polyvalents, capable de réaliser l'ensemble des étapes de la fabrication. Ce type de personnel est plutôt rare aujourd'hui. Très peu de personnes possèdent 15 ans d'expérience en fabrication additive à notre époque. Les métiers de la fabrication additive sont des métiers d’avenir, France Compétence a d’ailleurs répertorié l’opérateur en fabrication additive dans sa liste des métiers émergents.

Comment jugez-vous l'état de la formation en fabrication additive, en France, aujourd'hui ?

L'offre de formation en fabrication additive explose. En dépit d'une année 2020 très compliquée pour ce secteur, particulièrement en France où le marché était porté en grande partie par l'aéronautique, les formations florissent à tous les niveaux. De plus en plus d'écoles et d’universités créent des cursus qui traitent de la fabrication additive, que ce soit à Toulouse ou dans le Grand-Est. Certains IUT, comme celui de Limoges, incluent cette technologie dans leurs formations mécaniques. Quelques lycées ont même investi en créant des fablabs au sein de leur établissement. En ce qui concerne la formation continue, des acteurs privés comme F3DF ou HP commencent à proposer des formations, ce que font aussi des consultants privés et certaines écoles. Un nombre incroyable de formations se créent en France depuis quelques années.

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Formation FA

Vous êtes responsable de la fabrication additive au Campus d'enseignement supérieur et de formation professionnelle CESI. Comment y forme-t-on à la fabrication additive ?

Au CESI, nous utilisons la fabrication additive comme outil pédagogique. Des introductions à cette technologies sont proposées dans un grand nombre de cursus comme le BTP, les ressources humaines, la maintenance, la gestion de projets…. Nous dispensons également des formations spécialisées en Bac +5 en tant qu'option en dernière année de cursus d'ingénieur en apprentissage. Dans cette formation de 110 heures, les élèves y apprennent les fondamentaux et les bases scientifiques, sans lesquelles il serait très compliqué de suivre les évolutions technologiques. Des cours de sciences humaines leur apprennent à repenser la conception pour la fabrication additive. À côté de cela, notre formation s'appuie énormément sur la pratique, indispensable pour être opérationnel. Nos élèves font des prototypes de pièces en FDM (en impression 3D par dépôt de matière fondue) puis réalisent leurs pièces finies en fusion sur lit de poudre. Ils s'exercent ainsi sur l'ensemble de la chaîne de valeur. Enfin, un des aspects souvent oublier des formations sur lequel nous formons nos étudiants est l'économie de la fabrication additive. Ils calculent le prix de leur pièce, le retour sur investissement, leur business plan, l'intégration industrielle en entreprise…

Comment améliorer la formation ?

Le tri des formations en France n'a pas encore été fait. Il y a encore trop de formations et leurs qualités varient. Cette abondance d'offres fait que ceux qui cherchent ne s'y retrouvent plus. Pour régler ce problème, plusieurs initiatives de recensement des formations se sont mises en place. Avec France Additive, nous préparons une cartographie des formations pour que les personnes qui en recherchent puisse avoir une meilleure visibilité. L'autre moyen d'améliorer la qualité de la formation est de mettre en place des démarches de certification. Certains industriels qui dispensent des formations ont commencé à les certifier, mais leur valeur reste moindre. Au niveau national, l'union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) a certifié trois formations CQPM : opérateur en fabrication additive pour poudre métallique ou polymères ou sables. Une qualification internationale est également en train de se mettre en place en s'inspirant du modèle du soudage. L’International Additive Manufacturing Qualification System (IAMQS) s'articule autour d'un comité d'industriels qui présentent les besoins qui pensent avoir à l'avenir. En fonction de ces besoins, un comité d'experts rédige un cahier des charges des formations, qui sera dispensé dans le monde entier, à travers un représentant national. En France, le comité que je préside réunit France Additive et l'association française du soudage. Les formations sont ensuite auditées et habilitée. Cette qualification européenne a déjà été mise en place en Allemagne, en Angleterre, en Espagne et en Italie. Ce genre de certification est intéressante pour former des professionnels qui iront travailler à l'étranger.

Comment devient-on professionnel de la fabrication additive ?

Il y a quelques années, les spécialistes de la fabrication additive se formaient sur le tas. Les entreprises recrutaient des mécaniciens, designers, dessinateur-projeteur puis les formaient à la fabrication additive. Avoir l'impression 3D comme passe-temps était un plus. Beaucoup de doctorants étaient également recrutés comme spécialistes en fabrication additive. Aujourd'hui, l'étudiant peut passer par des cursus dédiés, des options d'une centaine d'heures en fabrication additive ou des spécialisations. Pour les professionnels qui souhaitent se spécialiser ou se réorienter, il existe des formations continues qui proposent des cursus de qualité. Pour bien choisir, le mieux reste de demander à des acteurs de confiance comme France Additive pour faire s'orienter vers une formation de qualité.

N'importe qui peut devenir un professionnel de la fabrication additive ?

Tout le monde peut être un professionnel de la fabrication additive puisqu'elle est transverse. Que ce soit un opérateur, un chargé de marketing ou même un juriste, tous ces métiers sont concernés par la fabrication additive. La seule limite serait au niveau de la conception. Un designer qui ne connaît pas la fabrication additive aura beaucoup de mal à désapprendre la conception classique pour réapprendre celle de l'impression 3D. Un dirigeant de grand groupe me confiait que les meilleures pièces sont celles qui ont été repensées à partir d'une page blanche. La fabrication additive bouleverse les méthodes de productions actuelles. Contrairement à l'ingénierie séquentielle, qui fait aller le projet de service à service les uns après les autres, l'impression 3D est plus efficace lorsque l'on met en place une ingénierie concordante, penser le projet tel un ensemble dès le début. Ce genre de méthode est compliqué à mettre en place pour les grands groupes notamment, qui ont des sites de production dispersés à travers le pays voire le monde.

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