News Mardi 22 décembre 2020 - 15:01

Rencontre avec Lattice Medical et son implant mammaire "Mattisse"

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Rencontre avec Lattice Medical

Créée en 2017, la start-up Lattice Medical a développé un implant mammaire nommé « Mattisse ». Cette prothèse imprimée en 3D à partir de biomatériaux régénère les tissus adipeux des femmes victimes du cancer du sein. Rencontre avec la start-up qui souhaite remplacer l’implant silicone.

En France, le cancer du sein est le cancer féminin le plus fréquent. Une femme sur huit risque de le développer au cours de sa vie et dans 40 % des cas, le traitement sera la mastectomie (l’ablation d’un ou des deux seins). Suite à cette intervention, la patiente subi une chirurgie réparatrice pour retrouver sa morphologie et faciliter la convalescence. Lattice Medical souhaite offrir à ces femmes une reconstruction naturelle et leur éviter le port d’une prothèse en silicone pour le reste de leur vie. L’implant Mattisse est produit en fabrication additive à partir de biomatériaux grâce au procédé d’impression FDM (dépôt de matière fondue). Elle permet une reconstruction naturelle du sein en régénérant les tissus adipeux de la patiente. Cette start-up, fondée en 2017 par Julien Payen, Pierre Guerreschi, Philippe Marchetti et Pierre-Marie Danzé, a été lauréate du grand prix I-Lab en 2018 et désigné start-up de l’année 2020 par la revue Challenges. A3DM Magazine a pu échanger avec le PDG de Lattice Medical, Julien Payen, qui nous explique l’origine de la start-up.

Pouvez-vous nous présenter votre start-up Lattice Medical ?

Lattice Medical est née en octobre 2017 de ma rencontre avec deux médecins biologistes Pierre-Marie Danzé et Philippe Marcuetti et un chirurgien plasticien, Pierre Guerreschi du CHRU de Lille. Notre travail sur les tissus adipeux se concentrait sur la reconstruction mammaire, une opération qui survient généralement après un cancer du sein. Cette maladie touche une femme sur huit dans le monde, 40 % d’entre elles vont subir une mastectomie et seulement 14 % des femmes ont accès à la reconstruction. Pour l’instant, deux techniques principales sont proposées pour cette reconstruction : l’implant silicone, qui est un implant présent sur le long terme dans l’organisme et non dénué de risque et qui  fait face à de multiples affaires médico-légales (notamment, l’affaire des prothèses mammaires PIP dans les années 2010), et des solutions autologues très itératives ou complexes ce qui complexifie le parcours de soin – dans lesquelles ont utilise les tissus de la patiente. Dans ce cadre complexe, Lattice Medical a développé l’implant mammaire Mattisse qui permet une reconstruction autologue par la régénération des tissus adipeux de la patiente. Une seule opération suffit. Pendant la mastectomie, l’implant est posé puis se résorbe de lui-même. Les implants sont produits en fabrication additive pour pouvoir s’adapter à la géométrie de reconstruction, que ce soit sous forme de gammes avec plusieurs tailles ou directement personnalisés pour la patiente.

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Implant Mattisse

L'implant "Mattisse" de Lattice Medical

Avez-vous déjà réfléchi à la manière dont vous récupérerez les géométries de la patiente ?

Le projet de personnalisation est en cours. Le choix a été fait de ne pas démarrer avec cette stratégie, ce qui peut sembler surprenant lorsque l’on parle d’impression 3D. Contrairement à la pensée générale, je vois l’impression 3D comme un outil de production de masse. Cette technologie commence à se démocratiser doucement dans le domaine médical, notamment sous forme thérapeutique dans des applications sur-mesure. Le problème de cette méthode est le surcoût qu’elle engendre, qui est aux alentours du plus 2 000 – 2 500 euros pour le même acte thérapeutique. Le deuxième frein est réglementaire. Jusqu’à maintenant, l’avantage de la personnalisation est que le système de réglementation était différent, mais cette législation changera en mai suite au nouveau règlement européen ur les dispositifs médicaux. La stratégie de la commercialisation par gamme facilite également la commercialisation. Mattisse est fabriquée par impression 3D car elle offre quand même une grande flexibilité dans le prototypage, la recherche et développement et la production. Un partenariat a été signé en mars 2020 avec la société Cousin Biotech afin de monter une première unité de production 3D en salle blanche., à quelques kilomètres de Lille, pour montrer qu’il est possible de mettre des systèmes de fabrication additive dans une salle propre.

Quelles imprimantes 3D utilisez-vous pour produire vos implants Mattisse ?

Nous utilisons le procédé d’impression 3D FDM (dépôt de matière fondue). Elles produisent à la même vitesse que certains modèles concurrents et sont moins onéreuses. Nous utilisons des imprimantes 3D ouvertes aux filaments tiers, ce qui est essentiel pour des utilisateurs qui créent leurs propres filaments comme nous. Notre fournisseur a été le compromis idéal entre la performance, la fiabilité et la liberté. Ce partenariat s’inscrit dans la durée puisque dans le domaine médical, il est très compliqué de changer de processus de fabrication.

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Ferme d'impression Lattice Medical

La ferme d'impression 3D de Lattice Medical

Vous avez développé un procédé innovant d’impression d’implant mammaire, pensez-vous décliner l’impression de biomatériaux à d’autres applications ?

L’entreprise est actuellement en train de se développer en deux branches : Lattice Medical et Lattice Service. La première est celle qui produit les implants Mattisse et avec laquelle nous développons une deuxième solution pour la reconstruction de peau. La deuxième est une marque, avec laquelle nous mettons à disposition notre savoir-faire dans les dispositifs médicaux. C’est à travers cette marque que nous vendons nos filaments médicaux et des prestations de services, que ce soit le développement de nouveaux filaments ou produire en 3D pour nos clients. Dans ce cas, nous pouvons prendre en charge le projet de son développement à la production de pièce finie. L’intérêt est d’accompagner les entreprises très tôt pour leur éviter de faire les mêmes erreurs que nous dans leur développement.

Contenu Encadré

Les procédés d'impression 3D biologique

Contrairement à la technologie de bio-impression ou impression biologique qu'utilise la start-up Healshape, Lattice Medical imprime en 3D des biomatériaux à l'aide du procédé d'impression FDM (dépôt de matière fondue). L'impression de biomatériaux est l'extrusion de matériaux thermoplastiques biocompatibles, à la différence de la bio-impression qui fonctionne grâce à l'extrusion d'une encre biologique à base de cellules. L'une permet d'imprimer des dispositifs médicaux tandis que l'autre permet la fabrication d'organes artificiels.

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Schéma impression 3d et bio-impression

Schéma montrant la bio-impression et le procédé d'impression FDM (dépôt de matière fondue)

Vous avez reçu le prix de « start-up de l’année » décerné par la revue Challenges, qu’est ce que cela vous apporte ?

Dans un premier temps, de telles récompenses apportent énormément de visibilité et attire les investisseurs et les clients. Dans un cadre plus large, il offre une visibilité auprès d’un public plus généraliste. Il montre que nous sommes sur la bonne voie et ça motive aussi toute l’équipe d’être reconnue.

Vous avez débuté dans le secteur industriel, notamment dans les matériaux, comment s’est effectué cette transition vers le secteur médical ?

J’ai toujours eu l’envie d’entreprendre. Le projet est né quand j’étais consultant dans une société qui montait des projets collaboratifs pour financer de la recherche, ce qui m’a amené à côtoyer beaucoup de chefs d’entreprises dans le textile et dans le médical. J’ai ainsi fait la connaissance des chirurgiens avec qui j’ai fondé Lattice Medical. Les premiers essais pré-cliniques sur les animaux ont été réalisés en 2016. Ils se sont avérés très concluants, ce qui nous a conforté dans notre projet. L’année suivante, nous fondions Lattice Medical.

Quelle est la suite pour Lattice Medical ?

Beaucoup de choses vont se jouer l’année prochaine, notamment l’autorisation d’entrer en clinique par l’ANSM (Agence Nationale de Sûreté du Médicament). On espère pouvoir implanter la première femme d’ici 2022. Ce serait une première mondiale. Ensuite, nous entrerons dans trois ans de tests cliniques sur une centaine de patientes. En parallèle, plusieurs commerciaux seront recrutés pour développer la partie commerciale de l’entreprise, créer notre offre, et être prêt pour la commercialisation de Matisse sur l’Europe en 2025. Une deuxième levée de fonds sera alors organisée pour conquérir les marchés américain et brésilien aux alentours de 2028. Entre temps Lattice Service va également se développer pour accompagner les acteurs du monde médical. Lille, Paris et d’autres CHU se sont déjà montré intéressés.

Cette interview fait partie d’une série sur les start-up du secteur de la fabrication additive et de l’impression 3D. Quelle définition donneriez-vous d’une start-up ?

Une start-up est une entreprise jeune, qui a généralement moins de cinq ans ou moins de sept ans dans le médical, et qui développe un contenu disruptif qui amène une rupture technologique sur le marché, une réponse innovante à un besoin.  

Lattice Medical est-elle toujours une start-up ?

Clairement. Lattice Medical est une entreprise jeune, qui a moins de cinq ans, et qui développe un produit très innovant.

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