News Mercredi 25 novembre 2020 - 11:14

Rencontre avec TwiceTy et sa chaussure 100 % impression 3D

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Créée au début de l’année 2020 par Cédric Lambeaux et sa compagne Ageeth Hendriks, la start-up TwiceTy a imaginé et conçu la première chaussure de running entièrement imprimée en 3D, 100 % européenne et 100 % recyclable. Portée par un désir de verdir l’industrie de la chaussure de sport, cette jeune entreprise innovante a lancé sa campagne de financement participatif vendredi dernier. Rencontre avec Cédric Lambeaux, fondateur de la start-up franco-néerlandaise.

Grands passionnés de sport, Cédric Lambeaux et sa compagne ont souhaité créer leurs propres chaussures de running. L’idée a germé il y a deux ans avec l’ambition de rendre l’industrie de la chaussure de sport plus verte. Le couple a commencé par développer un modèle de chaussures traditionnelles... avant de faire marche arrière. Ils souhaitent créer une chaussure plus écoresponsable et se distinguer de concurrents comme Nike ou Adidas. Ils décident alors de tenter le pari de la chaussure imprimée en 3D, un outil de production qui se rapproche de leur philosophie. Mais une fois encore, le couple de sportifs se retrouvent confronté aux mastodontes du marché tels que Adidas ou Nike. Il décide alors de pousser le concept encore plus loin en ne se limitant pas à la semelle, mais en développant une paire de chaussures entièrement conçue par impression 3D, recyclable, européenne et écoresponsable. Le sport et la nature sont deux des passions qui ont poussé le couple a développé le projet TwiceTy et que A3DM Magazine a rencontré.

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Bonjour. Pouvez-vous nous présentez votre start-up TwiceTy ?

L’idée à germer il y a maintenant deux ans. Ma compagne et moi-même sommes de grands sportifs et nous cherchions à créer une nouvelle chaussure de running qui nous correspondrait plus et serait plus écoresponsable.

Quels sports pratiquez-vous ?

J’ai été culturiste professionnel pendant cinq ans, métier qui m’a permis de vivre en Amérique du Sud. Ma compagne a été en équipe nationale des Pays-Bas en patinage de vitesse. Son père et son frère sont footballeurs professionnels. Elle a donc toujours baigné dans le sport. Aujourd’hui, nous pratiquons surtout le cyclisme et la course à pied, principalement le trail.

Quel est le problème avec la chaussure de sport traditionnelle ?

Au début du projet, nous souhaitions développer notre chaussure de manière traditionnelle. Le problème était que nous allions faire quelque chose qui nous aurait ressemblé par le design mais pas dans sa philosophie. Pour moi, la première étape de ce projet n’était pas assez innovante et écologique, arguments sans lesquels nous ne pouvions pas concurrencer les grosses marques. Nous aurions joué dans la même cour que des grosses sociétés telles que Nike ou Adidas, qui mettent sur la table trois millions d’euros par modèle de chaussures. Il fallait trouver une autre solution.

Vous avez donc misé sur l’impression 3D...

Oui, mais beaucoup ce sont casser les dents en essayant d’imprimer la chaussure en un ou deux blocs. Chez TwiceTy, nous avons pris les points forts de chaque domaine que nous avons combinés. La chaussure a été divisée en six pièces différentes – la tige avant, la tige arrière, la languette, la première de montage (où l’on fixe la tige, une semelle plate, fine et solide), la semelle amovible (semelle intérieure) et la semelle intermédiaire – qui sont ensuite assemblées avec les techniques de fabrication traditionnelles. Les lacets, eux, sont conçus de manière traditionnelle. Une fois ces différentes pièces imprimées, nous passons par un sous-traitant, situé au Portugal, qui monte les chaussures avec les techniques traditionnelles, en l’occurrence de la couture et du thermocollage. Ils utilisent les mêmes machines que pour le montage de chaussures traditionnelles.

Quelles technologies d’impression 3D utilisez-vous ?

Nous utilisons l’impression 3D par dépôt de matière fondue (FDM). Nous souhaitions quelque chose de simple dans le procédé pour pouvoir industrialiser le système de fabrication. La stéréolithographie représentait pour nous un investissement trop conséquent, que ce soit d’un point de vue financier ou humain, puisque nous étions des néophytes dans la technologie. En ce qui concerne les matériaux, les chaussures TwiceTy sont principalement imprimées en TPU. Seule la première de montage est imprimée avec un matériau plus rigide, plus cartonné. Nous avons investi dans une ferme de production qui nous permet de faire environ une centaine de paires par semaine.

Pouvez-vous nous présenter cette ferme d’impression 3D ?

Nous sommes passés par la société Alsima, qui nous a accompagné sur le prototype et pour la création de cette ferme d’impression 3D de dix machines que nous avons installées dans notre garage. Nous imprimons chez nous avant d’envoyer les pièces imprimées à l’assemblage au Portugal. L’équipe d’Alsima nous a conseillé – en fonction de nos besoins et de notre budget – de nous équiper d’imprimantes 3D de la marque Artillery, sur lesquels elle nous a formé.

Où en est le projet aujourd’hui ?

Nous avons réalisé des formes – des modèles de chaussures – en tailles 37 et 42, comme le veut la tradition dans cette industrie. Les premiers prototypes ont été imprimés et testés en course. Ils ont été validés. Nous travaillons maintenant sur les prochaines tailles. TwiceTy a lancé sa campagne de financement participative vendredi dernier.

Quel est le profil de cette chaussure de sport ?

Il s’agit d’une chaussure pensée pour le running. Bien que ce ne soit pas une chaussure de trail, sa semelle intermédiaire permet également de sortir courir sur des chemins autres que ceux en goudron. Elle dispose d’une bonne adhérence.

Comment avez-vous imaginé la distribution de ce modèle de chaussures ?

À l’origine, l’objectif était de passer par le circuit le plus court possible, c’est-à-dire d’utiliser une plateforme de e-commerce sur notre site Internet. Mais très rapidement, nous avons intéressé des commerçants indépendants spécialisés dans le trail-running et orientés sur les produits écoresponsables. Une quinzaine de commerces comme Le Vieux Campeur souhaitent distribuer les chaussures TwiceTy. Le plus gros de notre vente restera toutefois notre site Internet même si nous passons par des distributeurs triés sur le volet qui correspondent aux valeurs de la marque. Pour l’instant, la campagne Ulule permet aux personnes intéressées de commander leurs paires. Elle est ouverte du 20 novembre au 30 décembre pour un envoi en janvier 2021. Les participants savent que ce n’est pas un produit qui arrive trois jours après la commande, mais qu’il faut du temps pour le fabriquer.

Vous avez déjà un prix de fixé ?

Sur la campagne de financement participative, la paire de chaussures de running TwiceTy est à 189 €. Après la campagne, elle sera à 199 €.

Un prix au-dessus de la moyenne du marché…

Une paire de Nike qui a bonne réputation peut monter jusqu’à 275 €. En tout cas, dans les chaussures avec la semelle imprimée en 3D, vous ne trouverez pas en dessous de 200 €. TwiceTy n’est pas une chaussure de running classique. Elle est entièrement européenne et unique sur le marché. À terme, elle sera aussi en matière recyclée. Le prix est accessible au plus grand nombre et permet de faire vivre la structure le plus longtemps. Personne ne s’est encore plaint du prix de notre chaussure. Au fil du temps, le volume fera que ce type de chaussures sera de plus en plus accessible, nous pourrons alors bénéficier d’un prix matière plus intéressant.

Votre objectif est de recycler le TPU de vos chaussures, comment allez-vous faire ?

Nous sommes actuellement en train de travailler avec Alsima sur une machine broyeuse qui recyclerait le TPU utilisé dans nos vieilles chaussures. Nous pourrons recycler notre propre matière pour la réutilisée.

Cela peut sembler bizarre d’avoir une chaussure entièrement en polymère…

Tout à fait, j’avais moi-même des a priori avant de l’enfiler. Notamment en termes de respirabilité. La designeuse a ingénieusement déjoué ce problème grâce à une structure en maille. Cette maille permet un très bon maintien du pied avec beaucoup de confort. Le port de la chaussure ressemble à celui d’une chaussette. La chaussure pèse en moyenne 200 grammes, hors lacets. Donc non seulement, elle est confortable, mais elle est aussi très légère.

La chaussure TwiceTy a été testée. Ma compagne a l’habitude de courir sans chaussettes. Elle a donc testé ces chaussures pieds nus et elle n’a eu aucune irritation. Le maillage que nous avons réussi à mettre en place n’a rien à envier au tissu.

La semelle offre-t-elle un bon amorti ?

Pour la semelle, il fallait trouver le bon compromis en amorti et stabilité. La topologie de la semelle joue sur les pleins et les vides pour optimiser l’amorti et l’impact au sol. Elles sont également très compliquées à user. La semelle intermédiaire offre un confort supplémentaire, avec un effet presque similaire au gel. Le vrai défi sur la semelle intermédiaire était de réussir à la rendre assez souple pour obtenir la pliure au premier tiers du pied.

Avez-vous d’autres produits en développement ?

Nous avons pour l’instant trois produits en début de développement. Une chaussure de trail, avec une semelle renforcée, une structure plus solide et des renforts notamment sur la tige. Nous réfléchissons également à une chaussure pour les triathlètes qui pourrait aller en bassin. La troisième chose est la chaussure de cyclisme. En cyclisme, aucune chaussure n’a été imprimée en 3D et je pense que ça peut être un peu plus simple à développer que la chaussure de running. Pour l’instant nous sommes focalisés sur la campagne de financement et beaucoup de choses reposent sur cette campagne.

Cette interview fait partie d’une série sur les start-up du secteur de la fabrication additive et de l’impression 3D. Quelle définition donneriez-vous d’une start-up ?

Une start-up est, pour moi, une entreprise qui travaille sur un produit innovant, avec une grande capacité de développement. Une start-up travaille souvent sur un produit technologique. TwiceTy rentre dans cette définition.

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