News Mercredi 9 décembre 2020 - 12:22

Rencontre avec Vistory et sa blockchain au service de l’impression 3D

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Rencontre Vistory VF

En 2015, Alexandre Pédemonte fonde la start-up Vistory. Cette jeune entreprise innovante, membre du GICAT, aide les entreprises dans leur transition numérique et édite des logiciels et applications innovantes. Elle a notamment intégré l’impression 3D au sein de l’armée de Terre grâce à la blockchain. Présentation.  

Pendant une vingtaine d’années, Alexandre Pédemonte a été salarié « chef de projet » puis consultant à son compte dans la gestion de services en entreprise. Il gère la transition numérique au sein des entreprises. En 2015, il décide de créer sa propre entreprise et fonde Vistory. Cette société est spécialisée dans la transition numérique et met au point des solutions numériques innovantes. La start-up se développe rapidement jusqu'en 2019, année où elle entre en contact avec l'armée de Terre française. Ensemble les deux acteurs travaillent sur l’utilisation de la blockchain pour garantir qu’un fichier 3D fourni par un industriel soit bien celui utilisé et qu’il soit imprimé correctement, avec le bon matériau. Rencontre avec la start-up qui a déployé la première plateforme blockchain pour l’armée de Terre.

Pouvez-vous présenter votre entreprise ?

Vistory est une jeune entreprise innovante éditrice de logiciel spécialisée dans la deeptech. Le premier projet de cette entreprise était un projet de Cloud Management Platform, qui permettait de transférer sa machine sur n’importe quel serveur. Ce projet n’a malheureusement pas été financé et un déficit en trésorerie y a mis un terme. Malgré cela, Vistory a prospéré et a continué d’innover. Grâce à notre persévérance, nous avons réussi à développer Gleeter, MainChain et Sesame, nos trois produits. Le premier nous a d’ailleurs permis de décrocher le titre de « Jeune Entreprise Innovante » décerné par le ministère de la Recherche. Vistory a bataillé deux ans et demi pour obtenir cette reconnaissance. Elle apporte une légitimité à cette jeune équipe. Vistory emploie aujourd’hui une équipe de vingt-cinq personnes qui accompli de grandes choses.

Vous avez notamment décroché une collaboration avec l’armée de Terre…

Une première mondiale ! La nature discrète de l’armée de Terre fait qu’ils n’ont pas beaucoup communiqué dessus, mais nous avons réussi à déployer la première plateforme blockchain en opération extérieure (OPEX), qui a été testée et validée en contexte de guerre. La situation en OPEX comme lors de l’opération Barkhane expose énormément les équipements. Les forces armées ont besoin d’un système permettant de réaliser une maintenance rapide et efficace sur le terrain. Une première expérience d’impression 3D avait été réalisée en 2019. Elle a mis en lumière l’un des problèmes majeurs de l’armée : la confiance avec les industriels et l’homologation des pièces. Dans ce contexte, des acteurs comme Arquus ou Nexter ne maîtrisent plus leur production lorsque celle-ci est imprimée ailleurs que dans leurs usines. Cela signifie qu’un tiers fabrique leurs pièces à leur place. L’un des avantages de l’impression 3D est la production décentralisée, la production à proximité du lieu où la pièce sera utilisée. Cependant, l’inconvénient est que l’industriel ne maîtrise plus sa propriété intellectuelle. Lorsqu’il donne un plan à son client, rien ne prouve que ce dernier à imprimer le nombre de pièces qui figure sur le bon de commande où qu’il a respecté le cahier des charges. Ce sont ces problèmes que peut résoudre la blockchain. MainChain apporte cette traçabilité et renforce la confiance entre les partenaires. La solution a intéressé l’armée de Terre, au point qu’elle a rapidement été validée.

Pouvez-vous nous en dire plus sur vos produits, notamment MainChain ?

MainChain est la première blockchain utilisée en opération extérieure qui permet de faire le lien entre l’institution armée de Terre, ses industriels et les troupes sur le terrain. Cette solution est la rencontre entre deux technologies innovantes : la blockchain et l’impression 3D. Cette technologie va s’implanter tout au long de la vie de l’impression, de l’émission du plan jusqu’à sa production, en passant par son stockage. Elle va créer une clé cryptée d’identification avec le plan, sa licence d’exploitation et les procédés d’impression. Certaines entreprises consomment de la propriété intellectuelle d’autres industriels. Pour produire au plus près de son besoin, cette entreprise va demander les plans des pièces à ses industriels. Dans le cas du STL, il va falloir surveiller également tout ce qui se passe sur l’imprimante en parallèle, ce qui n’est pas l’idéal. Pour du GCODE ou du 3MF, le cahier des charges est inclus dans le fichier, ce qui permet de mieux garantir son respect. Ces fichiers permettent aussi de pouvoir automatiser la production. Ce produit permet de garantir le respect de la propriété intellectuelle. Sur MainChain, nous avons un business plan équitable. Nous ne facturons pas de la même manière une TPE et une grande entreprise. Cela s’explique par notre philosophie qui est de développer l’impression 3D et donner sa chance à tous. Nous avons également notre autre logiciel basé sur la technologie de la blockchain, Sesame. Il s’agit d’une application de gestion de compte à distance sur mobile.

Comment rassurez-vous vos clients du secteur de la défense sur les menaces de cybersécurité ?

Bien que la blockchain ne soit pas une solution de cybersécurité en tant que telle, elle contribue à la cyber grâce à la confiance qu’elle apporte. Tout d’abord, elle est privée. Vous ne retrouverez donc pas les plans d’une pièce avec une recherche sur le Web car la plateforme est totalement cloisonnée.

Vous souhaitez vous ouvrir au grand public, comment cela se mettra-t-il en place ?

Pour l’instant, nous travaillons avec les sociétés Prodways, Stratasys, Ultimaker et bientôt HP.  Notre solution est agnostique pour pouvoir collaborer par la suite avec des marketplaces. Vistory est actuellement en discussion avec quatre d’entre elles. MainChain est une plateforme qui a pour but de faire évoluer la fabrication additive du prototypage vers la fabrication industrielle. Vistory est également adhérent au GICAT (groupement des industries françaises de défense et de sécurité terrestre et aéroterrestre), dont certains membres ont un positionnement dual, défense et civil. Vistory s’associe donc à plusieurs acteurs de la société civile également. Pour s’élargir au grand public, il faut également accepter de sortir du concept de blockchain privée et s’associer à des acteurs de la production décentralisée comme Materialise ou 3YOURMIND.

Quelle est la suite pour Vistory ?

Dans un premier temps, nous allons étendre l’utilisation de MainChain aux marchés de la pièces détachées et du médical. Nous constituons également un dossier RAPID (régime d’appui à l’innovation duale) pour obtenir des subventions de l’armée de Terre qui finance des projets duaux, c’est-à-dire qui bénéficie à la défense, mais aussi au grand public. L’objectif est de développer des watermarks sur les pièces pour résoudre les problèmes de contrefaçons dans l’impression 3D. Si la fabrication de la pièce n’est pas conforme au cahier des charges, la marque ne figurera pas sur la pièce. Cette solution permettra une traçabilité totale de la pièce. Nous allons également postuler au fond d’investissement Definnov.

Cette interview fait partie d’une série sur les start-up du secteur de la fabrication additive et de l’impression 3D. Quelle définition donneriez-vous d’une start-up ?

Il faut faire la différence entre sa signification aux États-Unis et sa signification en Europe. Deux notions que nous confondons trop souvent. La première désigne une entreprise qui a un grand potentiel, qui ne fait pas forcément beaucoup de chiffre d'affaires, mais qui explose grâce à des investisseurs qui ont cru en elle, par exemple Google, Instagram, Snapchat… Une start-up est donc une jeune entreprise avec un potentiel énorme associée à l’innovation. En Europe, une start-up est définie comme une entreprise qui réalise un fort chiffre d'affaires avec une forte croissance. Pour moi, cette définition est celle de la PME.

Est-ce que Vistory est toujours une start-up ?

Actuellement, l’équipe de Vistory comporte 25 personnes, je pense que nous sommes passés au stade de PME à fort potentiel. L’entreprise serait une start-up si, en France, nous avions un goût plus prononcé au risque.

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